lundi 18 mai 2020

Rubrique Ciné #2 : White Fire

Ho bordel celui-là c’est un spécimen. Oui je m’emporte un petit peu, désolé de ça. Mais on parle quand même de White Fire merde ! Le vrai ! La légende ! L'idole ! Et je pense que bien des gens se demandent de quoi je parle. De White Fire serait une réponse facile et peu satisfaisante, je vais donc développer. White Fire, aussi connu sous le titre de Le Diamant et Vivre Pour Survivre (je suis aussi perplexe que vous sur le sens que peut avoir ce titre) est un film franco-turque sorti en 1985, tombé ensuite dans les plus ou moins limbes de l’histoire cinématographique … avant qu’il n’en soit exhumé par le site qui s'intéresse à ces trucs-là : Nanarland. Parce que White Fire est un sérieux, un gros, un poids lourd dans le domaine du film tellement raté qu’il en est hilarant. Et pendant des années je n’ai pu qu’imaginer sa splendeur parce que c’était juste pas possible à chopper via le net. Et puis j’ai réussi à le télécharger début janvier 2020 et une semaine et quelques après on s’est fait une soirée pour regarder le monstre avec des copains. Ce fut dantesque. Pour vous donner une idée voici un bref instant de notre soirée filmé par un des convives. Nom de dieu qu’est-ce que tout est foireux dans ce machin. Et … j’ai pas envie d’en parler plus en détail. Pourquoi ? Parce que plus d’un l’ont fait avant moi, et en un sens bien mieux. Et je pense qu’il y a bien plus intéressant à faire que radoter avec les autres. Que dire auquel cas ? Hé bien tout bêtement parler du film. Plus exactement de ce, je crois et il se peut que je me trompe complètement, qu’essaye de dire le film, quel est son propos, son histoire, son intention. Au-delà du nanar complet bien entendu. Aujourd’hui on plonge dans les sens et les interprétations foireuses !


Sans ironie aucune (malgré un forte tentation) que raconte White Fire ? L’action se passe en 1985 en Turquie où il semble y avoir des oppresseurs vêtus de casques en plastique, j’ignore si c’est une référence au passé de la Turquie avec le coup d’état militaire de 1980 ou si, c’est une théorie assez récurrente sur le net et j’ai tendance à penser qu’elle est vraie, ils ont commencé par essayer de tourner un film de SF et ont laissé tomber vu qu’ils n’avaient pas l’argent pour, écrabouillant les deux ensembles. On y suit Mike (détail intéressant : dans la version anglaise il s’appelle Boris, peut-être un lieu avec une présence russe en Turquie ?) et Ingrid, deux orphelins dont on a vu les parents se faire descendre par des militaires armés de fusils en bois dans la scène pré-générique avant qu’ils soient adoptés par L’Américain Sam. Ouais c’est à peu près tout ce qu’on sait de lui, donc j’utiliserai invariablement l’un ou l’autre pour le désigner. Devenu adultes on les voit se livrer à un trafic de diamants, volant notamment dans une mine qui est tenue par les oppresseurs vêtus de casques en plastique. Jusqu’au moment où deux éléments arrivent : la découverte du White Fire, légendaire diamant dit le plus gros du monde qui est également radioactif (?!) dans la mine des oppresseurs vêtus de casques en plastique et l’arrivée de Sofia, une mafieuse aidée par des hommes de mains tous plus moustachus les uns que les autres. Ouais, déjà rien que là c’est une sacrée tambouille et ça ne s’arrange pas ensuite. Vu que Mike et Ingrid décide de voler le White Fire pour “être enfin libres et ne plus avoir à se cacher ou fuir”. De quoi ? Aucune idée. Selon toute vraisemblance des oppresseurs vêtus de casque en plastique, ou alors de la clandestinité imposée par le fait que le trafic de diamant bah … comme son nom l’indique, c’est un trafic quoi. Et ce que je vous raconte ne couvre pour l’instant même pas une demi-heure de film je dirais. Jusque-là on a un vague polar/thriller avec un casse à monter et des éléments perturbateurs, ça peut passer, grosso modo. Sauf que ! Pour ne pas simplifier les choses, le film décide de nous sous-entendre lourdement que Mike nourrit des désirs clairement charnels à l’égard de sa sœur. Notamment avec une scène garantie 100% malaise où il la reluque à poil et lâche un “quel dommage que tu sois ma sœur” histoire qu’on comprenne bien. Aussi foireuse que soit la filmo de Jean-Marie Pallardy, de ce que j’en ai vu, et lu sur le reste, l’individu utilise souvent le thème de la famille dans son œuvre. On va dire … qu’il en explore un certain aspect dans ce film là … Et puis Ingrid meurt. Tuée d’une fléchette de sarbacane en pleine tête tirée par un sbire de Sofia qui (Sofia hein, pas le sbire) veut profiter du fait qu’elle sait où est le White Fire. Le tout en parallèle d’une scène où Mike et Sam discutent de savoir s’il faut du ketchup dans le plat ou non. Déchirant au possible … Et pour en rajouter au torrent de larmes, le film nous offre une reprise façon cœur brisé de son thème principal par le groupe Limelight. Je n’ai hélas pas pu vous trouver le morceau exact. Mais si vous voulez un fun fact le morceau a été écrit par un certain John Lord, qui, s’il n’est pas un homonyme, est surtout connu pour avoir tenu les claviers dans … Deep Purple ! Mais revenons-en à nos moutons voulez-vous ?

Parce que le foutoir continue de plus belle ! Pour combler la peine de son cœur blessé et de son âme meurtrie, Mike s’en va boire des coups. Alors qu’il en est à la troisième bouteille il fait la connaissance d’Olga qui remarque qu’il tire une tronche de chien battu. Et, suite à un figurant turc moustachu aviné qui drague la demoiselle, voilà que le tout dégénère en bagarre et elle ramène Mike, tabassé chez lui. Ce qui fait que Sam l’américain décide qu’elle est le sosie d’Ingrid et qu’elle va prendre la place de la défunte pour faire continuer le plan. Comme ça, ouais, cash. Il faut admettre, à la défense du film, que les deux actrices se ressemblent effectivement beaucoup, ils ont foiré bien des choses mais pas ça. Cette dernière accepte … et s’en suit un long montage où elle apprend à remplacer la défunte frangine … notamment avec un moment où Mike lui colle une tarte parce qu’elle a osé dire du mal de la défunte et ça passe comme une lettre à la poste … pour que moins d’une minute plus tard et dix brames supplémentaires de Limelight elle déclare l’aimer (le tout en marchant avec des palmes dans une imitation fort curieuse de pingouin). Sentiments qu’il lui rend trois mesures plus tard, entrecoupé d’images où il lui apprend à conduire une jeep dans les dunes et à tirer sur des bouteilles de Coca. Et pour couronner le tout, la voilà qui déclare s'appeler Ingrid juste avant qu’ils partent pour une clinique de chirurgie esthétique. Oui, vous avez bien lu. Mais tenez-vous toujours à vos moustaches turques, ça n’est pas fini. Arrive le seul truc vaguement cool (pour moi) du film : Noah. Oui, comme ça c’est pas franchement parlant. Tout simplement un nouveau personnage qui débarque dans le film, à la recherche d’Olga. Et pourquoi c’est cool ? Tout simplement parce qu’il est joué par Fred Williamson, star de la blacxploitation (et le pote de Sex Machine dans une Nuit en Enfer) qui joue toutes ses scènes avec un savant mélange d’arrogance amusée et de bats-les-couilles total, combiné à son charisme, qui rend le personnage assez magnétique. Et puis cette réplique légendaire trop souvent tronqué de “Fais un effort, ma patience à des limites mais il ne faut pas exagérer. Aussi, ne me fais pas attendreLapalisse eût été fier. Le tout sans aucun contexte qui il est avant un long moment en plus. On le voit donc arpenter un bar accompagné de ses hommes, puis un bordel où il débarque pour tataner un type qui est en pleine … activité. S’en suivent quinze-vingt minutes de ventre mou, hélas, où l’on voit Sofia tuer un sbire à grosse moustache parce que … Je ne sais pas. Le patron de la mine des oppresseurs vêtus de casques en plastique décide voler le White Fire et assassine quelques mecs ayant eu vent de son plan, tout en s’associant avec Sofia pour le faire sortir du pays (quant à l’intérêt d’un diamant radioactif intouchable, je vous laisse juge …). Et puis arrive le moment où le film décide de faire un plongeon triple salto arrière dans la piscine de caca en termes de propos foireux. Ouais, rien que ça. Olga revient de sa clinique de chirurgie esthétique (qui ressemble à un gros décor de film de cul français des années 70, ce qui n’est pas impossible vu la filmo de Pallardy), jouée à présent par l’actrice qui jouait Ingrid vu qu’elle a son visage. Déjà rien que là, on est sur un terrain inconfortable. Mais pour ne laisser aucun doute, elle et Mike ont une conversation super profonde (hahem) sur la peur qu’il a de la perdre, et qu’en fait il faut qu’ils abandonnent le casse (super attentionné de sa part d’y penser maintenant, alors qu’elle a le visage refait n’est-ce pas ?), pour que cette dernière lui rappelle qu’elle a fait ça pour lui, qu’elle l’aime. Avec un superbe “C’est moi Ingrid maintenant” histoire d’en rajouter une couche. Le tout se concluant sur un magnifique baiser des deux. Baiser où d’ailleurs une branche de plante du décors secouée par le vent squatte la moitié du plan par moment, ça m’a fait marrer donc je le signale. Et si j’ai besoin de vous expliquer le problème avec cette scène, vous n’avez pas suivi depuis le début et je ne peux rien pour vous.

Légendaire scène de la tronçonneuse

S’en suit une scène où Noah attrape des ouvriers de chantiers au lasso sur un solo de guitare plutôt classe histoire de poser une énième fois la question d’où est Olga et d’avoir la même réponse que les trois fois d’avant. Puis une nouvelle scène où Mike et Olgrid (oui j’ai décidé de faire un nom valise) s’apprêtent à croquer la pomme avant que Mike me fasse une pause, ait un flashback de leur enfance, l’appelle Ingrid et s’arrête alors qu’il la pelote. Ouais … Je vous avoue que j’ai toujours du mal à trouver le sens de cette scène. Mais trêve de fraternisation : voilà qu’ils organisent une fête. Pourquoi ? Officiellement pour annoncer le retour d’Ingrid de vacances. J’avoue que la logique m’échappe mais si le scénario tournait au bon sens, ça se saurait. Une fête à laquelle débarque le patron de la mine des oppresseurs vêtus de casques en plastique, Sofia et son bras droit, ce qui donne une scène qui aurait été intéressante dans un autre film, vu que Olgrid n’a pas la même voix qu’avant, mais c’est bel et bien elle physiquement et qu’après tout Sofia l’a vu mourir. Un possible hommage à Hitchcock ? Aucune idée, et le film non plus ne le sait pas vu que ça ne reviendra jamais sur le tapis. Et puis Noah débarque, et c’est là qu’on apprend enfin que c’est le chef de la police locale, et Olgrid explique clairement qu’elle a eu une aventure avec lui et que s’ils parlent, il va la reconnaître. Sans déconner, sobre et à froid, ce passage qui joue sur les faux semblants, le fait que certains savent des choses que d’autres ne savent pas et le jeu entre tout ça, dans un bon film ça ferait un excellent moment de tension. Mais on est dans White Fire, je vous le rappelle. Et aussi sec après un échange supposément chargé de tension entre Mike et Noah, changement de scène et le voilà à la clinique chirurgical porno 70’s à interroger la toubib (qui a vraiment un look de gourou new age, je vous jure) laquelle crache le morceau après qu’il ait menacé une de ses acolytes. Franchement Fred Williamson sait être menaçant, même dans un marasme filmique pareil. Et … cut à une scène où Mike, Olgrid et une bande types armés qu’on ne connaît pas semblent attendre son arrivée, retranchés dans ce qui ressemble … à un poste d’aiguillage (en tout cas il y a une voie ferrée à côté). L’information circule vite en hors champ il faut croire. Et en effet notre flic ripou arrive avec ses hommes armés et un type qui a le look d’un avocat et la coupe de Jeff Daniels dans Dumb and Dumber. J’aimerais inventer cette phrase … Les pourparlers s’engagent donc et Noah exige le retour de “ce qui lui appartient” : “son ex petite amie”, cherchez l’erreur. Et on n’a pas l’occasion de les voir débattre du sujet puisqu’un sbire ouvre le feu et le film nous vomit une fusillade moisie à base de zoom sur des moustaches et des champ-contrechamps boiteux (dont un où un sac poubelle pend, accroché à un mur, j’ignore pourquoi ce détail me fascine, on dirait presque un éco-sac, mais est-ce que les éco-sacs existaient en Turquie en 1985 ?) tandis que Noah s’enfuit le long de la voie ferrée. Olgrid manque de le rattraper et de lui coller un plomb mais Mike l’en empêche parce que “il a compris”. Certes oui.

Et pour mettre encore plus de clusterfuck dans la tambouille, parce que ça en manquait n’est-ce pas … Le patron de la mine des oppresseurs vêtus de casques en plastique annonce à Sofia qu’il va contacter Mike et Ingrid pour qu’ils volent le White Fire le lendemain. Avant que le lendemain il les voit arriver à la mine (par une caméra de sécurité portée à l’épaule au milieu d’un groupe de personne mais bon …) et appellent Sofia et son bras droit pour les prévenir qu’ils sont là et qu’il faut les empêcher de s’emparer du White Fire. Moi pas comprendre. Et ainsi commence le final dans la mine, qui est un feu d’artifice de tous les trucs nanars d’action qu’on peut espérer, à base de fusillades molles, de surjeu de mort à gogo, d’explosions au trampoline et autres types qui se ratent à quatre mètres, sans parler bien entendu de tous les figurants turques à moustache parce que sans eux le film ne serait pas le même. Et en coulisses on voit que visiblement Noah n’a pas dû tant comprendre que ça vu qu’il arrive discrètement en arrière-plan. Et puis … le White Fire explose. Pourquoi ? Aucune idée, il crépite un gros coup puis explose. Parce que. Sur du Limelight bien entendu parce qu’il faut rentabiliser ce morceau qu’on a déjà entendu six fois dans le film. Mike, Sam et Olgrid arrivent à sortir par une supposée cheminée qui ressemble juste à l’entrée de la mine qu’on a vu trois fois et déclarent qu’ils sont “libres” … pour tomber nez à nez avec Noah qui n’a définitivement pas compris en fait vu qu’il déclare être venu chercher Olga. Cette dernière accepte s’il “oublie Mike”, ce qui le fait rire sur le fait de se sacrifier pour l’homme qu’on aime. Mike lui demande comment il va justifier à ses supérieurs le fait qu’il ramène sa sœur. Que ? Quoi ? Quels supérieurs ? Moi pas comprendre. Notre ripou lui demande donc s’il a une meilleure idée. Ce à quoi il répond qu’ils n’ont qu’à oublier que ça a eu lieu en échange d’un diamant qu’il a ramassé plus tôt dans la mine. Le marché est conclu, sur un “ne lui faites pas de mal”, ce qui venant d’un type qui a passé le film à faire le stalker est d’une ironie palpable à travers la pellicule. Et tout le monde s’en va vers l’horizon … et générique. Nom de Dieu que c’était n’importe quoi. Rien que pour ça, White Fire est une expérience, un truc à vivre et à encaisser. Et y’a pire à venir grâce à moi !

Vous aurez la même tête quand vous aurez vu la fin du film, je vous le promet

Parce que je pense sincèrement que ce n’est pas juste un film “mal fait”. Bien sûr qu’il est mal foutu, ce ne serait pas un nanar légendaire si ce n’était pas le cas. Entre les faux raccords, les répliques débiles, les figurants qui font coucou à la caméra dans des images qui ont été probablement prises à la sauvette sans aucune autorisation, les flingues en bois montés à l’envers et visibles en gros plans dès la scène d’intro et l’acting approximatif. Et pourtant … en le voyant j’ai eu l’impression qu’il y avait quelque chose là dessous. Je veux dire, s’ils avaient juste voulu faire un film à la con pour ramasser de la thune, on aurait eu droit à un actionner bas du front et encore plus mal foutu que ce qu’est White Fire. Sans doute un polar sécuritaire à base de racailles de quartiers et un héros flic armé jusqu’aux dents. Après tout Cobra avec Stallone et Death Wish 2 et 3 sortaient à la même époque. Une mode qui avait son équivalent en France d’ailleurs avec toute la période polar de Belmondo et Delon (le premier faisait ses films qui avaient tous comme titre Le Quelque Chose” et le second “Trucmuchede Flic) donc ce n’est même pas une histoire de barrière culturelle. Vraisemblablement en dehors de l’aspect science-fiction avec les oppresseurs vêtus de casques en plastique, j’ai l’impression que le projet est resté plus ou moins le même. Ce qui implique qu’ils ont écrit ça tel quel. D’ailleurs il n’y a pas de “Ils”, le film crédite un certain Edward John Francis au scénario … lequel s’est avéré bien plus tard être Jean-Marie Pallardy sous pseudo. Autrement dit auteur et réalisateur. Qui a voulu faire ce film-là, écrit par lui. Et ça veut dire des choses mine de rien. Pour m’être penché sur “l’œuvre” de Jean-Marie Pallardy, le mec n’est pas un tâcheron. C’est pas le type qui va aller quelque part faire un film parce qu’on ne sait quel studio lui file 3000 dollars pour faire un film supposément épique aux Philippines dont la moitié du casting sera recruté là-bas et payé avec un bol de riz à la journée. En tout cas pour sa carrière cinématographique, j’ai pas autant diggé sa carrière pornographique. La plupart de ses films veulent avoir une histoire et un propos. Et ça m’a tarabusté la première fois que j’ai vu White Fire. Je sentais un truc. Au sein de tout ce marasme, je sentais qu’il y avait quelque chose. Peut-être est-ce uniquement la faute de toute la nullité de la chose qui en devient tellement profonde qu’elle se met à faire croire qu’il y a des choses. Un peu comme la BO de ce film de merde qu’est Spawn où, à force de sélections complètement random, on en obtient quelque chose qui devient cool. Écoutez la BO de Spawn, vous comprendrez. J’ai donc plongé à nouveau dans ce film, seul, reposé, l’esprit ouvert et à l’aguet. Et trois visionnages complets, plus une certaine quantité de passages isolés revus au fur et à mesure que j’écrivais cet article, plus tard, j’ai des choses à dire.

La jaquette de la réedition à venir, qui a tout compris au film

Je préviens d’emblée, ça va sembler complètement fumé, absurde et j’en oublie. Et le pire c’est que je vais vous raconter ça au premier degré. Je le précise parce qu’autrefois traînait sur le net une chronique de ce film qui en faisait un éloge absolument hilarant tant les comparaisons fusaient dans tous les sens pour en faire un joyau oublié et incompris. Je pense sincèrement que c’était un poste satirique. Je ne suis pas dans la blague ou autre. Je vais vous parler de ce que j’ai perçu dans ce film et de ce que, je pense, il essaye de dire et se vautre lamentablement. De mon ressenti, White Fire porte sur deux thèmes : les apparences et le désir. Oui, ça sonne comme les Cahiers du Cinéma et j’en suis désolé. Pendant les trois quarts du film on a des personnages qui jouent sur les paraîtres. D’abord Ingrid qui passe ses diamants en contrebande en bossant en apparence pour les oppresseurs vêtus de casque en plastique. Le patron de la mine qui ment sur tous les tableaux, à s’associer à Sofia, puis à Mike et Ingrid mais il a aussi l'air de rouler que pour sa pomme et de manipuler son petit monde. Noah qui semble être un mafieux ou un gars de la pègre pendant les trois quarts de ses apparitions avant qu’on nous explique qu’il est en fait flic. Et bien sûr la question d’Olga devenant Ingrid qui a littéralement l’apparence de quelqu’un d’autre et qui doit jouer et puis être quelqu’un d’autre. A moins qu’elle accepte de le devenir. Le tout cristallisé dans la scène de la fête où elle doit jouer un rôle et déclare “je suis Ingrid”. Ce qui me rend dingue c’est qu’à part Volte-Face je n’arrive pas à trouver d’autres films/livres où le concept de porter le visage ou l’identité d’un autre est utilisé. Alors que je sais pertinemment que j’en ai lu et vu d’autres. Merde. Ayez foi en moi on va dire. Et pour ce qui est du désir … Hou la vache y’a de quoi faire. On va commencer par le plus évident : le désir clairement incestueux de Mike à l’égard de sa sœur, qui est creepy as fuck, et cette légendaire réplique “dommage que tu sois ma sœur”. Ingrid qui est d’ailleurs le centre du désir du film presque à elle toute seule. Mike la veut, le directeur de la mine des oppresseurs vêtus de casques en plastique semble très clairement nourrir quelques désirs à son égard, notamment en lâchant “j’aurais aimé être à la place de votre frère”. Maintenant que j’y pense ça soulève encore plus de questions dérangeantes … Par l’enchaînement des événements, elle devient une cible pour Sofia, laquelle ordonne son kidnapping car elle est la seule autre personne à savoir où est le White Fire. Puis elle meurt et se “divise” : d’un côté dans le personnage d’Olga qui devient la nouvelle cible des désirs, et de l’autre en tant que présence puisque Sam et Mike ont besoin d’une nouvelle Ingrid et la façonne à nouveau. Et Olga du coup qui hérite des désirs portés à Ingrid, à la fois de la part du patron de la mine, de Mike et de Noah qui arrive à ce moment-là de l’histoire.

Et puisqu'on parle de Mike et de Noah j'ai l'impression qu'on peut voir les personnages en miroir l'un de l'autre. Les deux sont en quêtes d'une femme qu'ils ne peuvent avoir. Ingrid de part la barrière de l'inceste et du trépas, Olga par son refus et puis son changement de visage. Et on peut voir que la relation qu'ils construisent respectivement avec Olga se passe dans le sens inverse de l'autre : Olga dit avoir eu une aventure avec Noah puis le fuit vu ce qu'on ne peut que généreusement qualifié de tendances abusives de sa part. Mike commence en lui collant des tartes avant d'arriver à créer des ponts avec et de venir une relation ""saine"" avec. La double paire de guillemets me semble nécessaire. Et les deux renoncent au final à Olga (enfin je pense, comme je l'ai dit, la scène sur le bateau n'est pas clair). Mike le fait par raisons et sentiments, Noah pour de l'argent. Comme si Pallardy voulait en faire les deux versants d'une même pièce. Pour dire quoi par contre ... Et en parallèle de ça on a le White Fire qui semble obséder tout le monde. Tous les partis en présence le veulent, on a même un historien ou je ne sais quoi qui se met à lire des poèmes dessus à un moment et on a par moment l’impression qu’il rend fou quiconque le regarde, pareil un truc sorti de chez Lovecraft. Et c’est d’autant plus intéressant que, si on suit cette logique au bout, il semblerait que selon Jean-Marie Pallardy, le désir se meurt. Ou un truc du genre. Parce qu’au final, le White Fire explose et personne ne l’a, comme si nul ne pouvait accéder à ce qu’il veut. D’ailleurs en sortant de la mine après l’explosion, Mike déclare à Sam Ça y est, nous sommes libres”. D’ailleurs parlons de Mike et de son désir d’Ingrid via Olga. Une fois passé la scène où ils se pelotent sur un rafiot il n’y a plus franchement d'interactions qui semblent être romantiques entre eux, et de ce que j’en ai compris, il s’arrête en chemin dans ladite scène. Et pareillement pour Noah qui passe le film à courir après Olga … pour accepter de cesser sa poursuite avec juste une démonstration d’amour et une somme d’argent. Est-ce que Pallardy essaye de nous faire une morale sur la vacuité des choses et des tabous ? Sur le fait que la passion ne dure qu’un temps ? Que Freud aurait eu de la thune à se faire avec ce film ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je ne peux que constater que ce film aurait pu avoir une sorte de fonds. Que ce soit par les divers effets qu’il tente piteusement de mettre en scène, ou sur son thème de l’inceste, scabreux il est vrai mais néanmoins possible à aborder avec du talent. Honnêtement, vous auriez donné ça à Paul Verhoeven je pense qu’on aurait eu un film d’une toute autre trempe. Ou Brian De Palma, les apparences et le thème de l'obsession étant des thématiques récurrentes dans sa carrière Ce qui n’est pas le cas et à la place on a White Fire tel qu’on le connaît. Un film unique, un IMMENSE nanar, sans doute avec nettement moins de substance que tout ce que je viens de vous décrire. Assurément un film à voir. D’ailleurs il existe en réédition blu-ray qui doit sortir cette année, si vous êtes curieux c’est l’occasion.

lundi 4 mai 2020

Cool clip #2

Deuxième épisode ! Parce qu’il n’y a pas assez à dire en un seul. Ou que je suis une larve qui recycle mes idées comme un gredin. Bon j’ai plus d’un an d’écart avec le premier volume donc on va estimer qu’il y a prescription. Et si vous êtes pas d’accord c’est pareil. Donc, rien que pour vos yeux et vos oreilles, une nouvelle brochette de clips que je trouve fort bien troussés (et j’aime aussi le morceau qui va avec, je suis pas maso non plus hein)

Euzen - Phobia

Euzen ça remonte à …. 2012 ou 2013 je dirais, j’ai découvert ça complètement au pif dans un topic de musique où on s’échangeait divers liens vers des groupes que chacun aimait. Bon bien sûr y’avait plein d’amateurs de death technique chiants mais qu’importe. Partout sur le net il y a des amateurs de death technique chiants. Pour ça que j’écoute pas Meshuggah. Euzen donc. Un groupe danois que j’aime beaucoup, hélas en stand by depuis maintenant quatre ans. À cause de Heilung, un autre projet où la chanteuse participe et du coup on l’a bien dans l’os. J’avoue préférer le premier au second donc ça me fait suer. Et du coup on ne peut que réécouter les perles de la carrière d’Euzen en espérant qu’elle en aura marre à un moment de faire des chants de gorges vikings avec des bois de rennes sur la tête à un moment. Voici donc Phobia dont le clip a une esthétique ultra léchée que j’aime énormément. Notamment le jeu sur les lumières et les contrastes, tous ces blancs et ces noirs qui détonnent les uns sur les autres. Le plus marrant c’est que je suis à peu près sûr que ça a été fait avec un budget assez maigre, la caméra et les décors seraient plus fous s’il y avait eu de la thune. Mais c’est très bien compensé par les images très frappantes qu’ils arrivent à déployer juste en jouant avec ces putains de couleurs. J’avoue, j’aimerais bien un nouvel album de Euzen moi.

IAMX - Stardust

J’ai été un jeune gothique dans ma tête. Si si, je vous jure. Jamais dans mes vêtements, trop cher et trop voyant et j’étais trop discret pour vouloir m’afficher comme ça étant adolescent. Mais musicalement j’ai jamais eu de soucis à aimer le genre. Et puis le temps passe, forcément, et les goûts changent un petit peu. Mais les souvenirs restent. Et quand cet inénarrable Skoeldpadda m’a fait IAMX pour la première fois j’ai eu un flashback. Et pas pour rien, car comme mes chouchous de l’époque (Blutengel notamment) IAMX a enregistré une partie de sa discographie en Allemagne, et ça se sent. Y’a un côté très arty à la chose et le son qui va avec. Ca me plait, tout bêtement. Sur certains côtés ça me fait penser à toute la vague new wave britannique façon The Cure. Et comme c’est le thème de l’article, je dois dire que le clip est fort réussi. En soi ça ne raconte rien ou autre, certains trouveront ça vide, mais j’aime l’esthétique. Encore une fois c’est très germanique comme feeling. Que ce soit tous les jeux de lumières, le maquillage à base de clous sur le front, le détail que tout le monde porte des caches tétons et toutes ces rotations de caméra. La seule chose qui me gâche le truc est la présence de Kat Von D et tout ce que je sais sur le fait que c’est un triste être humain. Mais détail que cela. Apprécions la musique et les images.

Massive Attack - Karmacoma

Je sais que j’ai déjà écrit sur Massive Attack dans un autre article, mais vu que je ne sais jamais dans quel ordre je vais publier ce que je gratte à l’avance (et croyez-moi, il y a un paquet d’articles fait à l’avance). Je vais essayer de ne pas trop me répéter et au pire je ferai des liens communicants. Massive Attack donc. On est en au deuxième album, Protection, qui doit être celui qui sonne le plus influencé reggae-dub (On retrouve Horace Andy sur Spying Glass notamment). Et surtout on a Karmacoma dans tout ça. Honnêtement je pense que ce morceau synthétise assez bien le sentiment qu’on peut avoir quand on est malade avec une énorme fièvre et qu’on sue à ruisseau tout en délirant sur une horde de créatures pyramidales qui doivent s’imbriquer ensemble sous peine de mourir, et qui meurent quand elles le font. J’étais vraiment malade ce jour-là, je tiens à le dire. Et pour un morceau pareil il faut un clip à la hauteur. Certains diront que c’est un énorme potpourri de références cinématographiques et rien d’autre. Et ils ont raison sur un point : c’est presque un who’s who de plein de scènes iconiques. Entre Barton Fink, Shinning, tout le cinéma de David Lynch, Pulp Fiction et j’en oublie bien d’autres. Et vous savez quoi ? Qu’importe ! Oui ce sont des références, mais l’art de la chose est que leur enchaînement n’a aucun sens, le tout crée un mélange absurde et profondément dérangeant justement parce qu’on sait que ces choses ne sont pas censées aller ensemble. Combiné à ce putain de morceau et le feeling de delirium précédemment évoqué, l’alchimie est parfaite. Pas aussi parfait que l’album suivant de Massive Attack, qui est un de mes albums préférés au monde, mais c’est pas pour autant que c’est mal.

lundi 20 avril 2020

Too Cool to Use #10 : Diverses Histoires

Par moment je me pose la question de savoir si je n’ai pas jeté plus que je n’ai fait jouer en terme de JDR. Et ça me torture un peu je dois bien l’admettre. On va finir par croire qu’en fait je ne fais rien jouer et que je passe mon temps à écrire tout seul dans ma tête pour faire jouer des campagnes tout seul à moi-même et mon personnage, comme si j’étais un geek toxicomane qui vit dans la cave de ses parents et qui s’appelle Jake. Mais il n’en est rien. Je vis seul et mon prénom ne commence pas par un J. Et donc voici une petite palette d’idées d’histoires diverses et variées que j’avais concocté pour des JDR, et qu’au final je n’ai pas utilisé. Je pense que vous connaissez la chanson à force non ?

La roue des membres

Les jeux mortels parsèment l’histoire de la fiction depuis au minimum 1958 (Le Prix du Danger de Robert Sheckley pour ceux qui ne savent pas). Donc à la longue c’est pas étonnant que ça déteigne sur moi non ? Je suis par contre incapable de me souvenir en détail quel a été le déclencheur précis de ce scénario-là. Soit c’était une sorte d’hommage à 13 Tzameti (regardez ce film, vous comprendrez des choses) ou alors une reprise d’une certaine scène de Se7en de David Fincher (plus grand réalisateur du monde, point), mixé avec le passage de Salon Corbeau dans Des Horizons Rouge Sang de Scott Lynch et une mention d’une roue de la fortune morbide dans le livre dédié à Freetown dans Hellfrost. A moins que ce soit le passage avec le repas de Mokuba dans Yugi-Oh … Je n’ai rien retrouvé dans mes notes sur le sujet, peut être parce que je n’ai pas cherché assez loin dans le passé. J’écris une page et demi minimum par jour, forcément à la longue ça fait beaucoup de matière à éplucher vous en conviendrez. En quoi ça consistait cette histoire ? J’imagine que vous avez déjà dû, au moins une fois dans votre vie, voir ce qu’était une roue de la fortune, que ce soit à la télé ou dans une quelconque kermesse locale. Hé bien maintenant essayez d’imaginer que vous pouvez aussi bien gagner un million d’écus … que perdre un membre selon là où l’aiguille tourne. Et naturellement comme dans tous les jeux où on peut crever, évidemment que les participants ne peuvent pas se rétracter. Je me souviens avoir noté que le participant pouvait perdre un bras, une jambe, un œil, sa langue, les tympans. Ou gagner plusieurs différentes quantités d’or, dont certaines faramineuses, divers objets magiques ou même se faire remplacer un membre par un exemplaire magique qui aurait donné des bonus. Je n’ai pas gardé l’idée … tout simplement parce qu’en vrai ça n’est juste pas intéressant à jouer. Le fait d’avoir des gros enjeux c’est intéressant, de pouvoir gagner gros ou perdre beaucoup c’est intéressant. Mais si absolument TOUT repose sur du hasard, où est le fun ? Une ou deux itérations je ne dis pas, ça marche parce qu’il y a l’effet découverte et frisson de l’inconnu. Une histoire entière ? Non merci sans façon. Cela dit j’évoquais Scott Lynch un peu plus haut, sous la forme d’un jeu de pion avec des humains réels et divers gains ou punitions ça pourrait marcher. Mais l’aspect le plus bloquant est sans aucun doute le fait que j’aurais dû me démerder pour construire une vraie roulette sur la table pour faire du suspens et j’ai pas que ça à faire, merde.

C'est pas une représentation exacte mais l'idée y est : ça fait mal
Machin le Multiple

Oui, au premier abord ça sonne pas ultra badass, mais vous allez voir. Cette idée là, je sais précisément d’où elle est née et … c’est improbable. J’ai eu une période comic-book, quelque peu tarie aujourd’hui je dois bien le reconnaître mais elle fut néanmoins chargée. En gros je braquais tous les mois le rayon en question dans la librairie du coin. Et parmi les nombreux machins achetés (dont plusieurs étaient de la merde, soyons honnêtes) il y avait Ghost Rider. J’aime bien Ghost Rider, le concept est ridiculement edgy et metal à la fois, on parle d’un type qui a le crâne en feu, sur une énorme moto, avec un blouson à piques et des grosses chaînes, avec un démon dans le ventre mais qui se bat pour la justice. C’est juste hilarant si on prend le temps de s’arrêter. Ce qu’il ne faut pas faire dans un comic sinon vous allez vous emmerder et vous réveillerez le snob qui est en vous, ça n’est jamais une bonne idée. Quoi qu’il en soit, Ghost Rider donc. J’avais acheté à mi chemin de son édition française le run de Daniel Way sur le personnage, qui est … moyen, le bon côtoie le bancal assez souvent et y’a quelques passages idiots mais ça reste une lecture agréable, surtout aidé par le style de Javier Saltares aux dessins et des cover art de Mike Deodato Jr., soit l’homme qui a mit Ghost Rider sur un mammouth. Toute l’histoire de l’arc de Way tourne autour du fait qu’après que notre motard ardent se soit échappé de l’enfer (le fait qu’il y ait atterri est une longue histoire que j’ai la flemme de résumer, lisez Ghost Rider ça ira plus vite) il emporte sans faire exprès l’âme de Satan avec lui, lequel était censé être mort mais en fait du coup plus trop. Symbolique et besoin narratif obligent, l’âme explose en 666 morceaux qui se dispersent dans 666 cadavres de 666 salauds défunts. Et forcément le but c’est de les dégommer tous comme les pokémons sataniques qu’ils sont. Avec la petite subtilité que chaque individu éliminé rend sa part de pouvoir à tous les autres. Autrement dit, chaque victoire rend le reste plus fort. Il y a d’ailleurs un twist de fin pas trop mal avec ce concept. Et j’aimais beaucoup cette idée d’un ennemi principal morcelé. Ce que j’ai conjugué à …

Baldur’s Gate 2 ! Bien évidemment ! Tout commence et finit avec Baldur’s Gate 2. Pour être exact son extension : Throne of Bhaal. Qui n’est pas la meilleure des extensions, il faut bien l’admettre. La faute au fait que c’est censé être Baldur’s Gate 3 et qu’Atari a voulu bloquer la chose, Bioware a donc récupéré les éléments qu’ils avaient et les ont écrabouillés dans une extension, c’est très perceptible quand on regarde la façon dont l’histoire est articulée. Histoire qui consiste en gros à écumer le pays et trucider des enfants divins quelque peu mal intentionnés et en quête de divinité. Et parmi ces derniers il y a Sendai. Son donjon a ça de très sympa en termes de mise en scène que pour chaque tronçon que vous parcourez, vous avez droit à une cutscene de comment elle essaye de gérer votre avancée, de façon de plus en plus désespérée d’ailleurs. Et quand on arrive enfin à sa salle de commandement/du trône/combat de boss elle a eu le temps de concocter une surprise. En effet la salle où a lieu le combat est agrémentée d’une dizaine de statues à son effigie. Chacune ayant un kit de classe différente et elle s’amuse à jongler avec différentes statues qui entrent en jeu à plusieurs moments déterminants du combat. Résultat on n’a pas un boss mais une armée de Sendai différentes, chacune avec des compétences et des attaques différentes en plus de l’originale qui n'apparaît qu’épisodiquement. À la fois un test d’endurance et d’adaptabilité en somme.

Si vous savez lire entre les lignes vous constaterez que les deux ont en commun la figure de l’individu source démultiplié. Si vous ne savez pas lire entre les lignes maintenant vous le savez. Et c’est ainsi qu’est né Machin. En vrai il n’avait pas de nom et je n’en ai jamais trouvé qui claquait assez, donc Machin et puis voilà. Machin était, dans mes notes, THE aventurier. Bien avant, dans les nuits de l’histoire ancienne, le type aurait éclusé le monde entier, vu tout, entendu tout, goûté à tout, parlé à tout le monde, lu tous les bouquins, vu tous les cultes et compagnie. THE aventurier je vous dis. On lui donnait du monsieur même quand on ne l’aimait pas. Forcément quand y’en a un qui réussit trop bien on lui tombe dessus. Je crois que c’était le panthéon entier de dieux qui avait décidé de lui faire un sort selon mes papiers, mais ce n’était pas une idée définitive, j’avais aussi noté une malédiction et un rituel ayant mal tourné. Toujours est-il que quelque chose ou quelqu’un avait décrété que trop c’est trop et avait ensorcelé Machin. Vu que ce dernier mangeait à tous les râteliers il s’était retrouvé scindé en autant de morceaux qu’il avait de domaine d’expertise avant d’avoir chacun de ses fragments de lui enfermés loin les uns des autres. Inutile de dire que Machin l’avait quelque amère et à ruminer seul dans le noir en plein de petits bouts il en était petit à petit devenu dingue et homicidaire vis à vis du monde entier. Et c’était ça mon pitch de campagne. En gros au cours d’une expédition quelconque, propre à un JDR médiéval fantastique, les joueurs devaient assister à, ou le faire involontairement, la libération de Machin. Lequel se mettait donc en quête de ses autres fragments pour ensuite mettre la misère à la planète entière. Comme dans Ghost Rider les parties tuées ou récupérées donnait un supplément de pouvoir à Machin, lequel avait bien l’intention de se gaver comme un crasseux. Ce qui aurait donné le gimmick, potentiellement chiant c’est aussi pour ça que j’ai abandonné cette idée, que plusieurs boss important de cette campagne seraient des itérations de Machin. Machin le mage et ses dinosaures magiques, Machin le guerrier et son immense épée à deux mains etc … D’ailleurs je m’étais même demandé si je pouvais pas faire un twist, en accord avec son propriétaire bien sûr, et révéler à un moment qu’un des joueurs était une des incarnations de Machin qui aurait divergé du tronc commun. La campagne se serait articulé en gros sur le fait de retrouver les sites où étaient caché les itérations de Machin avant lui. Ce qui aurait amené des recherches historiques parce qu’on n’a pas forcément indiqué sur une carte routière où était une ville qui a été abandonné il a 8 000 ans, des expéditions pour atteindre ces lieux, divers sous-quêtes en chemin et sur place (une note griffonnée parle du fait de négocier avec une tribu locale dont le site sacré est situé sur la tombe de Machin) et bien entendu du donjon parce que c’est obligé.

Je n’ai pas finalisé ce projet … par manque d’envie en fait. L’idée était, je trouve, prometteuse mais risquait de relever du gimmick un peu trop facilement, surtout si les joueurs n’adhéraient pas au postulat. Combiné au fait que courir longtemps après quelqu’un ça ne peut ne pas être toujours exaltant, il y aurait sans doute un feeling d’urgence permanent qui n’aurait peut-être pas plu à tous. Et je me rends compte en l’écrivant qu’il y a un truc foireux dans mon postulat en fait : si tuer des fragments de Machin les fait revenir à l'intéressé en terme de puissance … quel est l’intérêt de retrouver les morceaux avant lui pour les supprimer ? Il y aurait fallu que je corrige ça ou trouve une justification quelconque pour. Sans doute une histoire de rituels à faire sur la dépouille ou un machin du genre. Quoi qu’il en soit, pas de Machin au final.

Une île, un perso

Sur celui-là j’ai été très conceptuel. Et j’en dois la moitié à un bon ami que, je crois, je n’ai pas évoqué en ces pages : Jacob Bronsky. Un truc bien c’est qu’on a à la fois des avis communs sur beaucoup de choses … et des opinions diamétralement opposées sur d’autres. Ce qui a le mérite de rendre les conversations tout sauf ennuyeuses. On parlait donc une fois de composition de groupe dans un JDR et la cohérence de l’union d’une troupe d’individus interlopes et singuliers ou plus précisément d’une certaine absence de celle-ci. Il faut savoir que l’ami Bronsky n’aime pas la fantasy et ses lieux communs notamment celui de l’aventurier errant qui tue les bestiasses sur son chemin. Je me souviens qu’on discutait de Pillars of Eternity 2 : Deadfire (et je suis désolé, mais Deadfire ça sonne tellement comme un nom de mauvais groupe de heavy des 80’s. Prononcez le fort et vous verrez) et du fait que l’intrigue se passe dans tout un archipel. Et c’est là qu’est né notre théorie commune, rendons à César ce qui est à César.

Le fait est que, logiquement, au sein d’une région donnée, un personnage un minimum intégré et bien écrit a des attaches. Qu’elles soient sentimentales, géographiques, contractuelles ou juste par habitude. Si on prend ça en compte, pourquoi, subitement, après avoir rencontré Dwig le gnome satyriasique, Elena la magicienne pyromane et Kerok le barbare viril vous allez plaquer toute votre vie locale et aller écumer les mers/pâturages/marais/etc à travers le monde ? Sans la suspension consentie d’incrédulité ça ne fait que peu de sens en effet. L’idée étant donc, et je la trouve cool, qu’au sein de cet archipel seuls certains personnages voyageraient et ce seulement au sein d’un certain périmètre géographique. Vous allez donc me demander si ça implique que certains personnages et donc joueurs sont laissés sur la touche ? Hé bien non, c’était tout le génie (et le foireux) du concept : selon la zone chaque joueur aurait eu ses personnages localisés à incarner selon l’endroit. Sachant bien entendu que certaines zones se superposaient pour certains, de façon à ce qu’il y ait des jongles entre les divers membres du groupe, genre on en laisse un tel en contact local du groupe. Avec du coup la possibilité de relancer des intrigues pendant les moments off, faire jouer des aventures aux absents ou regrouper le reste pour faire autre chose. Ce qui est ultra cool … et bien trop ambitieux et précaire pour marcher. D’une part la chose implique un travail de malade de la part du MJ pour voir quel élément d’intrigue amène où, donc qui est ou non impliqué à tel endroit. Sans parler du fait que les joueurs n’auront pas nécessairement envie de jouer plusieurs personnages et d’en changer fréquemment s’ils sont mieux dans les chaussures d’un que de l’autre, surtout s’ils se lancent dans un arc personnel et que le voyage les force du coup à laisser la chose sur le bas-côté. Sans parler de la composition et l’équilibrage du groupe qui peut devenir ultra foireux d’un voyage à l’autre selon qui est présent avec quel personnage ou non. Imaginez qu’on laisse le guerrier et le moine derrière pour aller sur l’île des tortues brûlantes … où attendant l’illusionniste et le prêtre. Directement on perd toute la ligne de front du groupe. Sans parler des méta-connaissances à devoir trier qui sait quoi sans que les joueurs, même inconsciemment, en abuse. En gros une immense bouillabaisse confuse et peut être même pas bonne à manger pour les invités. Sur un jeu vidéo par contre je pense sincèrement que ça peut être viable et très cool. Mais rendons grâce à Bronsky de m’avoir soufflé ce postulat.

Graystone

Le titre de Graystone est un artefact, donc ne soyez pas surpris que ça ne veuille rien dire. C’est juste que l’endroit où c’était censé se passer s'appelait Château Graystone mais j’ai abandonné l’idée d’y mettre ça dedans. On le verra peut être un jour mais je ne vais pas en dire trop justement de ce fait, je ne suis pas sûr et je ne veux pas vendre la mèche. Mais je sais que le concept dans le château en question ne me servira plus. Je sais plus si je me suis inspiré d’un scénario vendu dans le commerce pour un jeu médiéval fantastique où une tour en ruines était en fait hantée, quiconque pénétrait dedans se retrouvait projeté dans des illusions ou visions des époques précédentes de ladite tour, avec un pourcentage de chance d’avancer ou de reculer dans le temps selon s’il montait un étage ou le descendait. C’était inutilement confus et compliqué pour bien peu de choses. Et je sais qu’une autre partie de l’idée vient d’une BD que j’ai lu il y a longtemps où les personnages étaient enfermés dans une illusion dont ils n’arrivaient à sortir qu’en trouvant l’élément qui clochait dans l’ensemble de la chose. A moins que je mélange avec la scène d’intro de Inception … Ou alors c’est dans un manga ? Ou alors la scène du café dans xXx avec Vin Diesel ? Fuck j’adore ce film … Enfin bref ! L’idée était, comme pour un paquet que j’ai présenté en amont, une combinaison des deux. Les joueurs se retrouvaient au sein d’une illusion à plusieurs étages, et le but était d’avancer au sein de ces étages. A chaque fois le but était de trouver deux “symboles” plus ou moins littéraux dans divers scènes et décors qui faisaient des boucles narratives. Des tableaux qui faisaient office d’espace de jeu pour le dire autrement. Alors que j’écris ça je me demande s’il n’y a pas un emprunt aussi à une quête de l’extension Shivering Isles de Oblivion où il fallait motiver des fantômes à rejouer une dernière bataille en leur donnait l’objet qu’il fallait à un instant T de l’histoire de la bataille. En gros à chaque scène il y avait, quelque part dans le décor, les deux éléments en question. J’ai retrouvé un papier qui parlait d’un “serpent gris et d’une pierre verte” avec un gros point d’interrogation en bas de la page. Je me souviens avoir noté que les scènes visitées seraient notamment un champ de bataille juste avant que les lignes de front chargent, une soirée de banquet au sein de la noblesse, une forêt perdue et un bain turque. Et comme mentionné en amont les éléments à trouver auraient pris une forme différente. Par exemple le serpent gris dans la soirée mondaine aurait pu être le boa à plumes de la maîtresse de maison, tandis que sur le champ de bataille il aurait fallu comprendre que la ligne de front de boucliers formait un serpent de fer métaphorique.

La tour perdue où ça aurait pu se passer
Et il y avait un détail sur lequel mes notes insistaient beaucoup : il était tout à fait possible d’échouer, encore et encore à trouver comment sortir des illusions. Je me souviens avoir utilisé le terme de die n’retry, façon Dark Souls et autres jeux du même acabit. Ils auraient recommencé au début de la scène et à travers son déroulement encore et encore. Avec l’effet kiss kool (encore une fois, mes notes insistent beaucoup là-dessus) que l’on pouvait très bien y mourir, j’avais prévu qu’à chaque scène quelque chose était potentiellement fatal. Et la cerise sur le gâteau, même si rétrospectivement c’est inutilement grim, un personnage qui revenait dans l’illusion portait toujours sur lui les signes de sa mort, mais seuls les joueurs le voyaient. Par exemple si Hubert avait eu le crâne défoncé par un coup de sabot pendant la charge sur le champ de bataille, aux yeux de ses copains, quand il serait revenu, il aurait eu le crâne ouvert et de la matière grise vagabonde. Je sais pas trop pourquoi j’ai tenu à un concept comme ça en fait … Toujours est-il que j’ai laissé tomber cette idée. Non pas qu’elle soit mauvaise en elle-même, mais je pense qu’elle n’est pas franchement fun à jouer au final. C’est trop conceptuel et ça repose sur le postulat que les joueurs vont comprendre ce qu’on leur demande et vont arriver à trouver sous quelle forme est caché l’élément à chaque scène. Et pareil pour l’idée du die n’retry, ça aurait donné un effet Un Jour Sans Fin, et autant c’est conceptuellement intéressant à voir comme spectateur, en tant qu’acteur je suis dubitatif sur la chose. Et vu mon groupe j’ose même pas imaginer comment j’en aurais entendu parler des années après encore, quand on voit comment certains me taclent sur mes hints et mes métaphores …

Le danseur et ses membres

Encore un énorme gloubiboulga d’idées celui-là, la plupart à provenances inconnues. Si je fouille mes dossiers je trouve plusieurs notes et autres liens qui amènent à plusieurs ressources que j’avais collecté pour bosser sur le projet. Entre autre cette image, un explicatif des pouvoirs de Shoot McMahon du manga Hunter x Hunter, des références à la Danseuse de la Vallée Boréale de Dark Souls 3. Un joli fouilli à nouveau. Avec trois cafés dans le sang, j’ai réussi à retrouver ce que j’avais essayé de créer. Très souvent un affrontement dans un JDR c’est une quantité X d’adversaires, avec une barre de vie à épuiser et sans aucun doute un boss parmi tout ça, lequel est le gros morceau du combat. Et une fois ceci réglé c’est fini. Une structure qui a fait ses preuves, soyons honnêtes là-dessus, c’est pas comme si les jeux vidéos et maint streams de Donjons & Dragons sur le net utilisaient ce schéma-là. Je n’ai jamais porté le projet assez loin pour avoir une idée consistante sur le sujet, mais je voulais tenter quelque chose qui changerait de ce modèle-là. En gros il y avait un Danseur, qui était un mage, une créature enchantée ou je ne sais quoi, c’était dans les éléments à définir et affiner. Et l’idée de ce Danseur était qu’il était complètement inoffensif au combat, il dansait, encore et encore, sur un point reculé et c’est tout. Vous allez donc me demander où était la menace d’un truc pareil. Hé bien le souci était que, comme on peut le voir sur l’image que j’ai mis au tout début qu’il avait une “aura” ou quelque chose d’approchant qui suivait ses mouvements. Et c’était cette aura qui était l’ennemi. Le réel challenge c’était d’atteindre le Danseur et de le faire cesser pour ne pas se faire découper en petits morceaux par des griffes magiques ou Dieu sait quoi, créées par son numéro de claquettes. En fait y’a aussi un peu de Bonorenov de Hunter x Hunter dans le lot, je m’en rends compte en écrivant. J’aimais vraiment bien ce manga à une époque … De façon simpliste le chemin était le combat jusqu’au “boss” plus que le boss n’était un combat.

Le problème c’est que je n’ai jamais trouvé comment matérialiser ça en jeu. C’est un peu l’éternel problème de tout ce que je produis, je l’admets. Sur l’image du début les coups sont faits de “magie” et donc selon toute logique intangibles sauf quand ça les arrange. Mais si on part sur ce postulat, où est le combat ? C’est juste un corridor plus ou moins métaphorique où les murs mettent des baffes et où les joueurs ne peuvent être que réactifs. Et dans un JDR c’est comme ça qu’en grande partie on tue le fun, en retirant le pouvoir d’action des joueurs. Il y a aussi l’option de faire que chaque attaque soit par exemple un membre volant comme un poing ou une arme volante avec sa volonté propre. Une idée qui est certes sympathiques mais donne au concept un côté invocateur qui ne me plait qu’à moitié. Je voulais vraiment garder la corrélation entre la danse et les attaques, un peu comme le bankai de Komamura dans Bleach (ouais, c’est le moment référence manga) en fait. Il y a quelques temps j’avais regardé à nouveau les règles de Savage Worlds et je me suis rendu compte que j’avais négligé celles sur les essaims. Le terme essaim est générique pour parler de tout ce qui est trop petit pour être un ennemi à part entière, comme des rats ou des piranhas dans l’eau ou même des guêpes. Le détail intéressant c’est que passer à travers d’un essaim est possible mais occasionne des dégâts, hors du tour de jeu de l’essaim en question. Et je me dis que pour dans le cadre d’un invocateur, créer une horde d’objets non tangibles mais qu’il est possible d’affronter vu qu’ils sont matérialisés sur la battle map aurait pu être une bonne idée. L’ennui c’est de créer des statistiques et une plastique appropriées à la chose. Et vu que je n’ai pas la moindre idée d’où mener le concept je n’ai jamais vraiment pu arriver jusque-là, et honnêtement j’ai perdu mon intérêt pour à la longue. Pas pour rien qu’il est dans cet article hein ...

lundi 6 avril 2020

Caressante musique

J’ai fait un peu plus tôt dans le mois où j’écris ça, un article spécialement consacré à se détendre en musique. Le tout placé sous la bannière de la cool attitude et de la détente pépère. Et vraiment j’aime beaucoup la sélection que j’ai fait, je me suis rendu compte cela dit qu’il manquait quelque chose. Quelque chose de plus … délicat, de plus doux et de plus planant. Quelque chose qui transporte au loin et qui évoque plus la douceur et pourquoi pas la sensualité que “juste” la détente. Ou alors on est sur une définition approfondie du mot détente et auquel cas … bah ça peut marcher aussi en fait.


Massive Attack - Black Milk

Massive Attack est un groupe assez fascinant à suivre à travers par les époques. Notamment parce qu’en tendant l’oreille et en lisant ce qu’il se passait à chaque album on réalise à quel point ce n’est pas un groupe en fait. En effet l’histoire de Massive Attack démarre avec un collectif de graffeurs/DJ/breakeurs dont émergent cinq personnes : Grant Marshall, Robert Del Naja, Andrew Wolves, Shara Nelson et Tricky (de son vrai nom Adrian Thaws) lesquels fondent Massive Attack à proprement parler et sortent l’album Blues Lines en 1991. Et puis Shara Nelson fout le camp pour des histoires diverses et variés qui ne nous intéressent pas. Ils sortent ensuite à quatre Protection qui reste un album certes influencé trip-hop mais qui reste dans un style à base de samples de funk/soul/jazz de l’époque (même si le tout sonne assez dub/reggae en fait), on est en 94 et (Run DMC a marqué plus d’un esprit) puis Tricky lui aussi claque la porte. Et arrive Mezzanine, leur meilleur album à mon goût. Del Naja prend les manettes et impose sa personnalité, nettement plus rock et new wave (je serais méchant je dirais que c’est le seul blanc du groupe, mais je suis pas comme ça) et impose un son plus instrumental (notamment parce qu’il en avait marre de devoir casquer pour les droits de sample dans les morceaux) ce qui pousse Wolves à dire merde et à partir. Marshall lui aussi baisse la tête à part sur quelques morceaux (on lui doit la présence d’Horace Andy sur le morceau Angel notamment). Je pourrais parler très très longtemps de Massive Attack, de ses différents albums et influences donc je vais m’arrêter là. Retenez juste (pour l’instant) que Mezzanine est le moment où Del Naja impose sa domination sur le trio. Et c’est comme ça qu’on obtient Black Milk, un morceau envoûtant et ultra sensuel qui est parmi mes préférés en ce bas monde. Chanté par Elizabeth Fraser, chanteuse des Cocteau Twins (quand je vous parlais d’influence new wave …) et ponctué par des scratchs discrets (je pense qu’il y a là une des traces de Wolves et ses influences hip-hop) je trouve que c’est juste un morceau … magnifique. Et j’ai pas d’autres mots, donc écoutez et savourez.

Brian Jonestown Massacre - Anemone

Brian Jonestown Massacre est à 50% un groupe maudit au génie non reconnu. Le 50% restant c’est des gros cons mené par un as des gros cons : Anton Newcombe. Ouais y’a qu’à peu près comme ça que je peux décrire ce groupe. Fondé dans les années 90 à San Francisco, c’est assez dur de qualifier leur musique, quelque part entre le psyché, l’acid rock, la musique garage et l’alternatif, je vais donc me contenter de vous dire de choisir ce qui vous plaît, surtout en fonction de l’album (sérieusement, essayez de me dire à quel genre correspond ce morceau là ?). Soyons tout à fait honnête, une bonne part de leur créativité vient de la drogue. On est milieu 90 et c’est l’époque de l’héroïne à tout va, cet écervelé de Kurt Cobain, Bradley Nowell, Phil Anselmo, Al Jourgensen, Lane Staley et je sais que j’en oublie un sacré paquet. Tony O’Neil, un écrivain plutôt intéressant raconte notamment dans un de ses bouquins très inspiré de son vécu que ça se droguait à tout va et que tout le monde pétait un câble. L’exemple qui me revient en tête c’est quand l’équivalent d’Anton (appelé Atom dans le bouquin, subtil n’est-ce pas ?) envoie lui chercher du jus d’orange à 1h du matin alors qu’ils répètent dans les hauteurs d’Hollywood et qu’il y a pas une supérette à la ronde. Mais assez d’anecdotes, parlons plutôt musique ! Anemone donc, qui n’est hélas pas un morceau hommage à la troupe du Splendid. On y parle, chanté par Mara Kaegle (sur laquelle je n’ai rien trouvé en termes de passif ou d’histoire) d’amour, de séparation et de dépendance à l’autre. Ouais en fait c’est pas très très joyeux. Mais la patte psychédélique est juste imparable, entre la boucle de tambourin et les riffs de guitare qui rappellent du Jefferson Airplane en mieux c’est juste complètement aérien. Et allez savoir pourquoi, le clip fanmade d’une camionnette qui arpente les rues de Bunker Hill dans les années 40 (d’après ce que j’ai pu cherché, la fourchette est placée entre 46 et 48) ajoute un cachet au tout. Ça … marche, voilà tout.


Deftones - Sextape

Mon premier contact avec Deftones c’était … genre 2008, je découvrais le neo-metal et tout ce qui allait avec, tout en bouffant des films de vampires et Anne Rice au passage, jeune ado tourmenté que j’étais. Le premier morceau d’eux que j’ai mangé dans la face c’était Change qui m’a retourné l’esprit. Y’avait un truc dans leur façon de jouer, de chanter et d’arranger tout ça. Et puis j’ai grandi et j’ai fait connaissance avec mon meilleur ami de lycée qui m’a fait découvrir le black metal, j’ai donc laissé Chino Moreno et ses copains pour écouter Dimmu Borgir. Jeune sot que j’étais … Puis sont arrivés les années étudiants et quelqu’un de ma promo de fac m’a remis sur les rails en me faisant écouter un album entier à eux, ça devait être White Pony je crois. Et si je connaissais déjà Change, je me suis prit l’intégralité du CD dans la tronche, que ce soit Digital Bath ou leur morceau avec Maynard James Keenan (toujours dans les bons coups lui …), j’ai donc enchaîné sur les précédents, selon mon pote les nouveaux sentaient les pieds, lui aussi était un jeune sot en fait. J’ai changé d’études un an après et c’est à l’époque que j’ai commencé une relation avec quelqu’un … qui était une fan de Deftones revendiquée. Elle a juste eu besoin de faire une moue boudeuse et déçue pour que je me passe l’album Diamond Eyes, qui est juste extraordinaire je tiens à le dire. Et nom de dieu qu’on a écouté ce morceau là. Ce qui l’a rendu particulièrement dur émotionnellement quand on a rompu mais ça c’est la vie. Il m’a fallu quelques années avant d’y revenir et de le savourer à nouveau. Et je trouve ça toujours aussi magnifique, Chino Moreno y met une telle émotion que je pourrais presque croire que c’est moi qui parle avec mon cœur brisé de l’époque, essayez de lire les paroles et tirez en le sens que vous voulez, je les ai toujours trouvé superbes. Et bien entendu la musique elle même devrait parler jusqu’aux fonds de vos tripes si vous avez un minimum de sensibilité, c’est juste … quelque chose. Écoutez ça dans le noir, un soir allongé sur votre lit et vous comprendrez sans doute quelque chose à la vie. Ça a bien été le cas pour moi.

L'état des lieux

Je vais annoncer quelque chose de choquant : à la grande déception de beaucoup ... je ne suis pas mort. Trois ans que ce machin prend la pou...