lundi 27 janvier 2020

La foire aux mochetés : Deadlands

J’ai déjà évoqué précédemment le fait qu’on n’est pas toujours très bien servi en termes d’illustrations pour ce fameux loisir qu’est le JDR. Et figurez-vous que ça m’a énormément amusé de faire cette collecte à travers mes différents bouquins en PDF. Donc j’ai décidé de recommencer et de vous régaler de quelques trucs bien nazes commentés. Vous êtes prêt ?


Tiré du Book o’ The Dead, le livre sur les morts vivants de Deadlands. Ce qui est bien c’est que c’est signé. Andy Park est aux crayons et … ça ressemble pas à grand chose. Enfin si, ça ressemble à un type qui a peur d’un totem ambulant. Mais franchement, un totem avec la tronche là vous ça vous fait peur ? Déjà faudrait qu’il ait de quoi se déplacer, parce qu’on va pas me faire croire que ses deux bras de chétifs qu’il arrive à aller bien loin. Sans parler de la tête du milieu qui tire une tronche digne de moi quand j’ai la colique et que je galope pour arriver dans une cabine libre. Celle du haut … j’imagine que c’est censé représenter un aigle royal noble et féroce. Tout à fait entre vous et moi je trouve qu’on dirait plus une mouette qui déprime, très franchement on pourrait en faire un meme. J’ajouterais que le personnage n’est pas franchement mieux, que ce soit l’angle très bizarre de ses jambes, notamment vis à vis de la perspective avec le reste du décor, et son visage fait avec trois coups de crayon et aplats de noir. On ne sait pas trop ce que c’est censé vouloir dire son expression. Le pire dans l’histoire c’est que y’a un Jon marqué juste au-dessus, ce qui me fait dire qu’il a eu un coup de main de Loston Wallace, autre illustrateur de la gamme, les deux sont crédités en duo dans le bouquin. Ce qui est grave quand même si même avec de l’aide il ne produit que ça ! J’ajouterai que l’illustration n’a pas franchement un grand rapport avec le chapitre où elle figure mais ça … Andy Park aujourd’hui … j’ai trouvé un homonyme qui bosse sur les concepts du Marvel Cinematic Univers, j’ignore si c’est le même mec, le niveau est pas brillant non plus mais au moins c’est pas dégueulasse non plus. Mais le CV du Andy Park de Marvel ne mentionne nulle part Deadlands donc j’en suis réduit à spéculer.

 
Celle là je ne saurais donner l’auteur. C’est soit Ashe Marler soit Tom Bondolillo, tous les autres qui ont participés à Ghost Dancers, le livre sur les indiens de Deadlands, signent leurs illustrations. Le/la premier(e) est inconnu au bataillon, j’ai cherché sur le net mais rien de rien, je serais donc incapable de vous dire qui peut être cette personne. Bondolillo, si c’est le même est un illustrateur de comic … dont les seuls scans qui existent sont baveux, et on retrouve quelques contributions sur Deadlands : Hell On Earth. Néanmoins le style de visuel et de technique est assez éloigné (Hell On Earth avait une charte graphique assez différente mine de rien, notamment avec beaucoup de trucs qui sonnaient débuts de Photoshop) donc dur de déterminer par les similarités. Si y’a des amateurs du monsieur je veux bien un avis. Bon pour être tout à fait honnête, ce dessin n’est pas “moche”, il est juste ridicule. Autant y’a un paquet de trucs pas bien illustrés et de monstres craignoss, autant de ce que je m’en souviens Deadlands évite assez bien le fanservice un peu crétin. Enfin jusque-là. Et sans doute dans un hommage enamouré de Donjons & Dragons on a droit au perso féminin en bikini, qui n’est même pas en cotte de maille en plus ! Et si on veut en rajouter une couche histoire de, c’est presque raciste comme illustration vu qu’elle vient du bouquin consacré aux personnages amérindiens dans les campagnes de Deadlands. Genre les apaches se sappent comme des amazones maintenant ?


Par élimination je pense qu’on peut attribuer la paternité de ce dessin à Geoff Hassing, encore un type sur lequel je n’ai rien trouvé, à part qu’il a officié sur quasi toute la première gamme de Deadlands avant de disparaître dans la nature, ça devait sûrement être un copain de Shane Lacey ou un truc du genre qu’ils ont traîné à bord. En l’occurrence ce dessin a le mérite d’être cohérent avec le livre où il figure, Huckster & Hexes, dédiés aux “magiciens” de Deadlands. Il représente le combat entre Edmond Hoyle, inventeur de la magie moderne et Ernst Birren, sa Némésis et terrifiant mage noir. Enfin c’est censé être ça, parce qu’entre nous ça ressemble plus à un combat entre Einstein et un SDF. Einstein qui envoie des bulles de savon géants à un SDF qui porte des bas-résilles ! En Sibérie qui plus est ! Pour le détail très amusant : cette illustration a disparu de la version française, comme si le traducteur s’était dit que même ça, ça pouvait pas passer. Moi ça me fait marrer.


Enfin j’y arrive ! C’est cette illustration qui m’a donné envie de faire cet article et de dire tout le “bien” que j’en pensais ! Vous avez déjà vu le boulot de Andy Park accompagné en début d’article, et bien là tremblez face à Andy Park seul ! C’est juste … pas bon. Je comprends l’intention, je crois, de faire un dessin au crayon noir sur fond blancs avec des traits assez légers, ça peut offrir du charme au tout. Sauf que pour ça il faut déjà que les formes dessinées aient de la présence et de la personnalité. Là en l’occurrence on a plus affaire à des gribouillis et des esquisses pas finies. Ce qui est regrettable vu que le concept représenté ici est un moment important dans l’histoire de l’univers : en gros les indiens de Californie qui s’associe avec des chinois taoïstes pour le bien commun. Y’avait quand même moyen de payer Paul Daly pour qu’il fasse un truc super cool non ? Mais au lieu de ça on a … une pirate qui cause avec un type qui a un phénix sur les fesses à côté d’un shaman qui semble avoir des bois de cerf sur la tête à cause d’un mauvais effet de décors, ledit shaman parlant à un type qui semble avoir une superbe gueule de bois pendant que ce qui ressemble à un mexicain les juge en arrière-plan. Merci Andy Park pour une bouille pareille, y’a pas à dire.


Photoshop est sorti officiellement pour Windows en 1992, on peut donc théoriser qu’en 1999 c’était encore un truc plus ou moins rare et pas aussi maîtrisé, si y’a des historiens du logiciel je veux bien leur avis. Toujours est-il que je pense sincèrement que la couverture de Blood Ol’ Muddy a été faite avec des balbutiements numériques dégueulasses. Les aplats de couleurs sont affreux, le tout semble être fait avec une seule texture par zone (regardez le poncho de la demoiselle aux cheveux couleurs mimolette et osez me dire le contraire). Notez aussi que la demoiselle a un bassin qui ne dépareillerait pas dans un dessin de Rob Liefeld (pour ceux qui ne connaissent pas voici un aperçu) Et parce qu’un malheur n’arrive jamais seul nous avons également des horribles hommes … crotte/chocolat fondus aux yeux verts démoniaques qui sont supposément effrayants … si vous avez la phobie des excréments et de la fondue au chocolat. Et ma touche préféré reste l’indien en fond, déjà parce que son espèce de cape donne l’impression qu’il a absolument pas de bassin, ses espèces de rayons qui sortent de ses mains pour former … un bréchet ? Mais rien ne peut dépasser sa bouche bien trop grande ouverte pour un type qui aurait encore des dents. Nous avons donc affaire à un indien ritualiste invocateur d’os de poulet sans bassin ni dentition. Made in Matthew Tice.


Canyon O’ Doom est une aventure importante pour le metaplot de Deadlands, sans elle il n’y a pas tout ce qui fera notamment le postulat de départ de The Last Sons, campagne très importante pour l’univers. Enfin je dis ça … comme les trois quarts des trucs années 90 en JDR, tout se passe en hors champ des joueurs qui sont plus là pour assister à ce qu’il se passe qu’à réellement interagir. Mais je digresse sur ce qui nous intéresse ici, c’est plutôt cette création de Jacob Rozen (parfois crédit Jay Rozen, allez comprendre …). Un artiste qui a pas mal officié sur Deadlands, tout Canyon o’ Doom est illustré par lui, et si son niveau est moyen, il arrive à avoir quelques visuels sympas malgré tout. Ses illustrations dans Rascals, Varmints & Critters sont plutôt honnêtes aussi. Mais ça … Je suis désolé mais non. C’est censé être le portrait d’un PNJ qui apparaît dans le scénario pour potentiellement aider les joueurs. Un PNJ … chinois. Oui ce n’est clairement pas apparent, entre son cou de taureau long de vingt centimètres de plus que le commun des mortels, son menton qui est soit une ligne sur sa gorge soit un piton rocheux, sans parler de l’aspect ultra … carré de tout le visage. J’imagine que si Picasso avait pu faire de la chirurgie esthétique à son enfant à sa naissance il l’aurait modelé comme ça. Et je ne vais pas parler de la forme des épaules qui m’évoque un peu celle d’un playmobile avec les bras montés sur un axe parce que je ne veux pas m’acharner sur plus faible que moi.


Bon cette fois je ne vais pas dire trop de mal du bouquin lui-même, Dead Presidents est une bonne aventure. Quelque peu rigide par moment et avec ses petits défauts, mais au moins (leur fin approchait d’ailleurs …) Pinnacle avait compris que c’était aux joueurs d’être les héros et les moteurs de l’intrigue, pas des spectateurs de choses qu’ils ne comprenaient pas. J’avoue juste que la dédicace de l’auteur est bizarre “To the Eternal Memories of Jefferson Davis, Robert E. Lee [...], Paladins of The Lost Cause” qui sonne un peu comme un hommage sudiste mais je vais pas m’attarder là dessus, c’est pas le sujet. Ce qui nous intéresse c’est ce dessin de Cheyenne Wright, il ou elle a bossé sur plusieurs bouquins de Deadlands et officie toujours sur Deadlands Noir aujourd’hui d’ailleurs. D’ailleurs c’est affreux à dire mais sur certains aspects son style a régressé un gros coup. Parce qu’en temps normal je précise que son niveau est meilleur que cette illustration-là. Illustration qui nous montre deux veuves qui sont censé aider les personnages joueurs avant de les trahir pour les bombarder de sortilèges maléfiques. Le personnage de gauche est encore relativement normal en termes de dessin et de proportion, il y a juste son visage qui est très étrange, avec ses lèvres trop grosses et l’effet … d’un seul bloc de ses cheveux. Par contre sa copine … On ne va pas parler de l’axe de son bassin, elle a visiblement une scoliose carabinée et ça fait très mal ces choses-là. J’ignore si on a le droit de dire d’une dame qu’elle a un coup de taureau donc je vais éviter. Pareil pour les mentons carrés digne des pires itérations de Batman. J’ai le droit du parler qu’elle n’a pas de nez ? Allez je vais quand même dire que la façon dont ses cheveux sont dessinés est juste horrible. On dirait un mélange entre une perruque de Pamela Anderson et un début de pompadour raté. J’ose même pas imaginer la tronche des joueurs si je leur montrai ça et leur disait “les deux sorcières vous attaquent !.”. Niveau crédibilité de la menace on a vu mieux ...

lundi 13 janvier 2020

Mur de Son

Pour être tout à fait franc, j’ai déjà écrit cet article. Non vraiment. J’ai commencé à le pitcher et à collecter des morceaux il y a peut être un mois environ, ou deux. Je ne sais plus. A l’époque ça s'appelait Barrage sonore, mais j’ai voulu changer, allez comprendre. Et puis en l’écrivant et en le composant je me suis rendu compte que c’était en gros un deuxième opus de Cacophonies. Et je n’ai pas aimé le fait de me répéter. J’ai donc remanié le titre et le focus de l’article. Peut-être qu’un jour je ferais un Cacophonies #2. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui j’ai envie de m’attarder sur un autre aspect de la musique. Un aspect effectivement “bruyant” selon certains, mais c’est ce que j’aime et donc allez voir ailleurs si j’y suis. Je me suis donc focalisé sur un sentiment particulier dans cette sensation de bruit : à savoir le ressenti que le morceau est un énorme monolithe de notes bombardées dans la tronche, lourd, implacable et totalement inarrêtable.

Mgła - Age of Excuses VI

J’ai découvert Mgła … grâce à un tatoueur hongrois. Parce que la vie n’en est pas à une improbabilité près. Ce dernier avait balancé un petit extrait, genre moins de quinze secondes sur Instagram, et ça a attiré mon oreille. Ça blastait méchamment et agressivement comme j’aime. Je me suis donc plongé dans leur discographie, et je dois dire que Age Of Excuses est mon album préféré de ces petits polonais énervés. Bon je vais pas m’attarder sur les collaborations passées avec cette ordure de Mikko Aspa, ils ont l’air sincère sur le fait que c’est du passé, et on va pas touiller le caca. Ce qui est cool c’est juste l’agressivité pure qui se dégage de leur musique, ces guitares ultra rapides et frénétiques et ce chant ultra sec où les phrases sont nettement plus scandées que d’habitude dans le black metal. Le tout donne un ensemble ultra massif qui me donne un sentiment de grosse vague de son en plan dans la tronche, comme si un misanthrope vénère (ce qu’ils sont, si j’en juge par leurs textes) m’attrapait par le colbac et me hurlait tout le mal qu’il passe du genre humain en une immense tirade d’un seul souffle en carburant à la haine pure. Moi j’adore.

Kyuss - Mondo Generator

J’ai un copain avec qui on pourrait se battre pour ça. On aime tous les deux Kyuss mais lui préfère l’album d’après, moi celui-ci. A cause d’un nudiste barbu qui bat sa femme. Sisi j'vous assure. Le nudiste en question c’est Nick Oliveri (dont il faut respecter la barbe) qui jouait de la basse sur Blues for the Red Sun, avant de céder la place à Scott Reeder. Et qui jouait nu sur scène à plus d’une occasion, dont une qui lui vaudra des emmerdes avec les autorités brésiliennes après un concert (qui l’eut cru ?). Et sur Mondo Generator il assure aussi, exceptionnellement, le chant. Et je ne sais pas combien de plugins et autres bidouillages de studios ont été balancés sur cette piste, mais figurez-vous que ce morceau a … des vraies paroles. Non j’vous jure. En vrai ça ressemble surtout à des aboiements de chien souffrant de la rage en train de faire un bad trip après avoir sniffé de la coke, passé sous autotune et larsen. Ou un sataniste qui a une rage de dents, je ne sais pas. Et si vous avez capté le thème de l’article, est-ce que j’ai réellement besoin d’en dire plus ? Le feeling est là non ? Vous avez pas le sentiment de vous prendre un énorme barrage de musique en pleine poire ? Que ça part en continu sans jamais cesser du début à la fin ? Que c’est lourd et bien pesant comme il faut ? C’est amusant d’ailleurs parce que le reste de l’album n’est pas vraiment dans la même couleur, même si très bien quand même. Ecoutez Kyuss t’façon.

Blut Aus Nord - Hùbris

Comme son nom ne l’indique pas : c’est un groupe français. Mené par un mec du nom de Vindsval, parce qu’il ne faudrait surtout pas brouiller les pistes. Avec un nom de morceau qui fait référence à un concept grec ... On a affaire à une longue piste instrumentale, à peine un ou deux murmures et autres chœurs très discrets. L’élément principal c’est juste cette guitare absolument massive qui semble dévorer l’espace tout entier du morceau. C’est ce qui me fascine d’ailleurs dans ce morceau : une piste instrumentale de six minutes ça peut, il faut l’admettre, facilement devenir chiant. Je connais des gens allergiques au stoner au nom de cet argument, les pauvres … Mais ça marche super bien moi je trouve. Ça a un côté infernal, comme pouvait l’avoir un petit peu, dans un style très différent, Kroda. Et comme pour les hongrois furieux, il a y ce sentiment de déferlante sonore qui est la raison d’être de cet article. Et pour avoir creusé autour, c’est vachement bien Blut Aus Nord.

mercredi 1 janvier 2020

2019 : Bilan littéraire de l’année

Et voici venu le bilan de l'année. Soit ce que j'ai retenu sur les 81 bouquins lu cette année. En termes de statistiques je suis plus ou moins égal à moi même. J'aurais aimé plus parce que je veux toujours faire mieux, mais j'ai eu quelques blocages de lectures. Soit parce que confronté à une série de livres peu intéressants (vous ne savez pas à quel point on peut tomber bas dans le genre de la romance ...) ou alors des morceaux très dense et rude à lire (Patrick Rothfuss qui est pas mal pour caler un meuble, ou l'actuel Jardins de La Lune de Stephen Erikson qui est une incitation à l'addiction à l'aspirine). Mais ce ne fut pas une mauvaise année sur le plan littéraire je dois dire. Y'a juste, encore et encore, un backlog de trucs à lire qui n'arrête pas de grandir, priez pour moi mes amis. Et oui, contrairement à l'an dernier, j'ai cédé et j'ai fait une partie sur les mentions honorables et honteuses. Lapidez moi si ça vous chante. Au niveau de l'année elle même ... Ça a été chargé. Je pense que vous l'avez constaté, je suis un peu le seul capitaine à bord depuis un moment, Até fait des choses de son côté (même si on reste en contact et tout hein, y'a pas de divorce ou autre). On a aussi assisté à la fin du groupe de JDR officiel, plusieurs membres ont dû partir pour des histoires de vies personnelles donc c'est pas franchement la peine d'essayer de réunir la bande. Je regarde vaguement à fédérer une autre troupe mais c'est compliqué. J'ai joué un tout petit rôle dans un fort sympathique court métrage. Failli écrire un bouquin à quatre mains mais c'est tombé à l'eau à cause d'un américain fou. J'ai aussi un univers personnel en gestation dans les cartons, quelques scénarios qui ne serviront sans doute jamais mais qui ont le mérite d'exister, des travaux d'aiguilles, des recettes que je dois essayer et supposément aphrodisiaques et je me suis inscrit sur Twitter. Mais assez parlé de moi, parlons bouquins !

Baroness of Blood de Elaine Bergstron

C’est le premier livre que j’ai lu de l’année. Et sur le coup j’en ai été plutôt déçu. Il fait parti de la gamme Ravenloft, univers dédié à l’horreur gothique au sein de la gamme Donjons & Dragons. Oui je me suis dit qu’après avoir saigné Warhammer 40 000 il me fallait bien d’autres produits dérivés. On y suit le cheminement moral de son personnage principal, Ilsabet Obour. Laquelle, spoiler inside même si le titre est juste un tout petit peu parlant, finit par devenir un des fameux Darklords si iconiques à Ravenloft. Les critiques que j’avais lu ici et là sur le net évoquaient le fait que le personnage principal était trop antipathique pour rendre le livre intéressant … et effectivement, oui, Ilsabet est un lamentable être humain et de A à Z, quand il y a un choix à prendre, elle fait toujours le pire. Et vous savez quoi ? C’est le but. Ravenloft tout entier est basé sur le fait que les Darklords auraient pu éviter tout ce qui leur arrive s’ils avaient su mettre leur ego de côté et être raisonnables. Ravenloft est grandiloquent, c’est un univers inspiré de la littérature gothique nom de Dieu. C’est quand j’y ai repensé que je me suis rendu compte que, de loin, c’était une des meilleures illustrations que j’ai lu de la maxime qui veut que tout méchant pense être le héros de sa propre histoire. Il m’aura juste fallu huit mois pour prendre le temps d’y repenser et de me rendre compte qu’en fait c’était un bon cru cette baronne.

Ministry : The Lost Gospel de Al Jourgensen

Al Jourgensen est un gros con. Et un junkie. Très franchement il est dur de le nier, et lui-même est assez lucide sur le fait qu’il n’est un modèle pour personne. Et le récit de sa vie en est un excellent exemple. Des conneries de gamin à voler des voitures et se payer du shit en emmerdant ses parents, au premier album synth-pop de Ministry jusqu’à la consécration, le tout toujours accompagné par beaucoup de drogues, le parcours du type ressemble à une espèce de montagne russe malsaine. Entre les overdoses dans les toilettes, les problèmes de santé liés à l’alcool, les tournées peuplées de fans bizarres (on y aperçoit Nathan Gale qui s’est trompé de salle de concert) et les autres groupes, Jourgensen raconte avec une certaine lucidité (quand il arrive à percer les brumes opiacées) son passif, ses joies et ses gloires. J’ai lu plus d’une biographie d’artiste, et certes si on échappe à quelques auto-glorification assez insupportables, ce bouquin évite de tomber dans les écueils de “moi je savais” “moi j’avais compris” “moi j’avais raison” et autre jetés de fleurs par conteneurs entiers. Notamment par la très bonne idée de faire intervenir d’autres personnes de son entourage, lesquels ont parfois des histoires tout à fait contradictoires. Et en un sens je trouve que ça donne à la chose beaucoup plus de vérité au tout. Parlez avec vos amis et demandez-leur de vous raconter un vieux truc de votre vie pour voir. Vous aurez souvent plusieurs versions aussi. Et puis y’a cette histoire du nain homosexuel habillé en velcro qui vaut son pesant de cacahuètes. Rien que ça est un argument majeur en soi.

Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss

On m’avait dit que c’était sympa mais sans plus, que le personnage principal était une grosse Mary Sue et j’en oublie. Mais le destin a fait que j’ai mit la main dessus en récupérant un pack d’epub d’un giga environ (j’en ai même pas lu un centième au final …) et le tout a traîné sur mon téléphone pendant un moment. Oui je lis mes epub sur mon téléphone et alors ? Alors effectivement, Kvothe, le personnage principal, est complétement pété. Oui il apprend tout ce qu’il faut, comme il faut, au moment où il faut. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas grave. Parce que c’est le propos même du livre (en tout cas c’est ce que moi j’en ai dégagé) que de montrer qu’un individu surpuissant peut être brisé. On le voit avec l’histoire de Lanre, du Draccus, d’Ambrose, d’Elodin et j’en oublie. Et surtout la plume nom de dieu ! J’avais parlé dans mon article sur la fantasy de l’importance du style et je maintiens ce que je pense sur son importance. Et pour le coup Rothfuss est bon à ça, que ce soit pour ses personnages où même les seconds rôles lointains sont mémorables (l’homme masqué de Traedan me reste en tête alors qu’il apparaît deux pages !), son système de magie est un peu nébuleux au premier abord mais très bien construit (un jour je parlerai de l’importance de faire un bon système de magie), son approche de la romance, qui pourrait être un passage obligatoire chiant, est superbe notamment pour la pudeur qu’il utilise (je vous laisse lire et comprendre). Une autre chose qui m’a fait beaucoup aimé ce bouquin c’est l’approche très … biographique du tout. En effet le tout est une trilogie censée retracer la vie de Kvothe et on pourrait s’attendre à avoir droit à tout par période, rapidement évacuées et digérées et direction la suivante. Rien de cela ici, sur un livre de 800 pages on y voit passer quinze années méticuleusement détaillées et annotées. D’aucuns pourraient y voir de la longueur, j’y vois du détail et une approche différente. Et le dernier point qui m’a fait aimer ce bouquin c’est qu’il m’évoque … Blast de Manu Larcenet, dans un style très différent mais quand même. Cette similitude de l’auteur qui raconte l’histoire d’un personnage auteur et ses diverses réflexions philosophiques. Faudra que je creuse un jour cette direction. Retenez que ce livre est bon et que je vais sans aucun doute m’atteler à la suite un de ces quatre.

Joker écrit par Brian Azzarello et illustré par Lee Bermejo

Que ce soit clair entre nous : je n’aime pas Batman. Je n’aime pas le Joker. J’aime encore moins qu’on me brise les couilles avec les comparaisons et parallèles et autres agripages de nœuds entre l’un et l’autre. Comme ça c’est dit. Et je crois que ce qui me gonfle le plus ces derniers temps, la faute à tumblr j’en suis sûr, c’est la fixette maladive sur le fait qu’un personnage aussi néfaste et répugnant puisse être considéré comme “cool”. N’allez pas croire que je fais le moralisateur hein, j’ai mes coups de cœur sur des personnages dont la moralité est hautement douteuse (Billy Butcher for ever) mais je sais que ce sont des ordures patentées. Un discernement qui manque à pas mal de monde j’ai l’impression. Et vous savez quoi ? Brian Azzarello pense comme moi. Son Joker nous met dans les bottes d’un acolyte du clown grimaçant qui s’improvise son bras droit alors que ce dernier sort de taule et entreprend de reconquérir le royaume du crime. Et c’est la parfaite illustration de ce que peut être l’expérience d’être le témoin d’un psychopathe H24. Les scènes comiques font des ricochets façon pinball avec le gore qui tache (le trait de Bermejo a le don de rendre des choses anodines ultras écoeurantes, genre manger une crevette. Sans doute aidé par l’encrage de Mike Gray) et les moments réflexifs. On passe du fantasme façon Henry Hill et Jimmy Conway a la réalité où vivre avec un psychopathe va juste vous laisser en ruines, surtout quand la notion du fun de ce dernier “Because Death , for him … is the punch line”. Et le final achève la déconstruction du personnage avec brio, lisez le, je ne vous spoilerai pas ça.Et je tiens à dire que je l'ai lu avant même que le film soit officiellement annoncé. I'm always there before it was cool !

L’Épée Brisée de Poul Anderson

Y’a un type bizarre qui m’en a parlé il y a quelques années de ça mine de rien. Comme J.R.R. on voit la grosse influence des légendes et sagas scandinaves. Comme J.R.R on sent le spectre des guerres mondiales qui pèse sur les différentes figures du bouquin. Mais là où Tolkien voulait faire vivre un univers entier, Anderson prend l’optique d’une vraie saga. Le monde est présent, il n’est pas expliqué et à part quelques détails importants à détailler, les choses sont ce qu’elles sont et point. Ce qui donne mine de rien au tout une autre couleur que le Seigneur des Anneaux. Surtout avec son final ultra noir et désespéré qui sonne très très contemporain d’une certaine façon. D’une certaine façon c’est un peu comme Le Troisième Homme avec Orson Wells, une œuvre dont on voit les rides et l’époque qui l’a fait naître, mais qui garde encore un gros impact aujourd’hui, tant la substance même est de bonne qualité. Un paquet de trucs restent très modernes en fait. Que ce soit le côté fataliste et désillusionné qu'on retrouve à tous les étages de la fantasy contemporaine, un antagoniste assez touchant malgré sa monstruosité. Ça marche bien. Sacré Poul.

Les Montagnes Hallucinogènes d'Arthur C. Clarke

Une bizarrerie comme on en voit peu. Vraiment. Vous saviez qu'Arthur C. Clarke, un des paternels de la hard-sf, avait écrit un pastiche de Lovecraft vous ? Moi non. Il y a fallu qu'un pote, fana de chez fana du grand échalas de Providence, me le prête pour que je découvre ça. Et le résultat est ... assez intéressant en fait. Déjà l'humour est extraordinairement britannique ce qui est toujours appréciable, qui n'aime pas l'humour britannique ? L'extrême force, et aussi la faiblesse de ce bouquin, c'est sa "richesse" en fait. Clarke pond des jeux de mots et des vannes extrêmement pointus. Trop pointus en fait vu que sur l'ensemble du volume qui ne fait que 76 pages, seul 44 sont dédiées à l'histoire elle même, les autres sont dédiées aux explications. Ce qui vous donne une idée de la quantité de références faites et du besoin de les expliquer. Ce qui en un sens pose la question de savoir si quelque chose peut être "trop" bien travaillé et donc obligeant à se faire tenir la main tout du long pour réellement l'apprécier. Et rien que pour ça c'est une lecture digne d'être mentionnée. Et pis y'a une blague sur Abdul Al Hashish et ça, ça me fait rigoler bêtement.

Mémoires de Lady Trent tome 1 : Une Histoire Naturelle des Dragons de Marie Brennan 

Ce fut une découverte au hasard celui-ci. Le troisième tome venait de sortir et un des sites où je me fournis en epub avait mit toute la série à disposition. Et moi j'aime bien les dragons donc j'ai pris parce que c'est cool et que ça vole et y'a des ailes. Oui c'est un plaisir totalement régressif et gamin que j'ai vis à vis de ces créatures écailleuses et ailées. Et vous savez quoi ? Marie Brennan aussi. Ce qui prouve que j'ai les mêmes centres d'intérêt que des gens biens (ou qu'on est au moins deux idiots ...). Je n'ai pas encore attaqué les autres tomes, donc il est possible que ça parte dans tout autre choses. Mais dans l'état actuel des choses on a affaire à une série qui reprend le concept des romans de voyages/aventures chères au XVIIIème et XIXème siècle à base lieux exotiques pour nos aristocrates victoriens huppés et de cultures à découvrir. Si ça vous évoque un type avec un fouet et un chapeau ... il y a de ça. Mais le tout est encore plus cool parce que le tout est axé sur la biologie des dragons, et nom de dieu que c'est très bien développé. Le monde de Brennan vit et marche justement par ses explications et autres petits soucis du détail qui me font rêver et comprendre pourquoi le monde est comme ça et pas si différent en dépit de tel ou tel élément. Et je dois dire que ça faisait un moment que je n'avais pas lu un roman qui utilise la forme du mémoire, un style que j'aime beaucoup et qui m'a filé un ou deux flashback de Out Of Africa et de sa voix par Evelyne Séléna (le seul truc que j'aime de ce film). Les prochains tomes seront lu cette année, ou la prochaine, ou celle d'après ... Mais ils seront lus ! Ho et détail important : le livre est parsemé d'illustrations qui rajoutent un chouette contexte, et à ma grande surprise elles sont de Ed Greenwood, le mec qui avait vomit sur la ligne graphique de Donjons & Dragons à l'époque. Chapeau d'avoir su me faire apprécier son boulot, livre.

Mentions honorables/honteuses à : Anno Dracula de Kim Newman, la preuve qu’on peut vraiment faire un livre de merde avec un concept cool quand on veut jouer au malin avec ses références au lieu de faire une histoire. Tales of Ravenloft qui contient quelques très bonnes nouvelles et un paquet de machins très nuls. Les éditions Mnémos et leurs choix d’auteurs de fantasy, rois des bouquins inachevés et/ou aux idées prometteuses pas exploitées. Amitié & plus si Affinités de Rose Vignetti qui est un truc infâme et mièvre au point que je me demande si l’auteur n’a pas entendu mes prières pendant la lecture et fait mourir l’héroïne à la fin exprès. Winter Witch d’Elaine Cunnigham, très scolaire dans son domaine mais fun néanmoins si on a envie d’une virée sans prise de tête dans l’univers de Pathfinder. Lame Damnée de Jay Courtenay Grimwood, la preuve qu'on peut faire du roman fantastique-historique-scatophile-graveleux, un genre dont j'aurais jamais pensé qu'il puisse exister. Et c'est de la merde. Le Sang des Assassins de RJ Barker, un livre qui m'embête parce que j'aime bien ce qu'il propose et son ton mais ... ce qu'il y a dedans n'arrive pas à me hâpper en dépit des qualités présentes et c'est fort dommage, je lirais quand même le troisième tome. Les Jardins de La Lune de Stephen Erikson, très très très très dense, qui m'a prit un certain temps à finir et digérer (quasi un mois) et il est fort possible que je revienne dessus sur ce blog. La Furie du Princeps de Jim Butcher, aussi bon que ses ainés mais pas aussi surprenant d'où l'absence d'un encart rien que pour lui, j'ai hâte et peur de lire le dernier, bordel ... Sucubus Revealed de Richelle Mead, j'ai commencé à lire la série là quand j'étais lycéen, j'ai jamais pu mettre la main sur le dernier tome jusqu'à trouver l'epub en torrent en début d'année, ça m'a fait bizarre de dire au revoir à une vieille connaissance. La Collection Osez ... 20 Histoire de ... aux éditions de La Musardine, des anthologies de littérature érotique sur un thème donné, tout n'est pas bon, loin de là, mais il y a de l'inspiration à y puiser. La vièrge des Loups Milliardaires (oui, avec la faute d'orthographe sur la couverture) de Jasmine Wylder, parce qu'un truc pareil il fallait l'inventer. Rapaces de Dufaux et Marini, preuve que de tous temps Dufaux a toujours aimé les femmes à poils, les histoires sexuelles peu ordinaires et les références historiques.

L'état des lieux

Je vais annoncer quelque chose de choquant : à la grande déception de beaucoup ... je ne suis pas mort. Trois ans que ce machin prend la pou...