lundi 12 mars 2018

Galerie de personnages #1 : Ink

Ça va faire un mois qu’on vous abreuve de nos trucs au moment où j’écris ça, il y aura sans doute eu encore plus au moment où ça partira en ligne. Et je pense qu’il est temps que vous nous connaissiez un peu mieux. Donc on va vous parler de nos personnages de jeux de rôle, c’est après tout comme ça qu’Até et moi sommes vraiment devenus amis je dois dire. Il me faut donc parler de Shadowrun. Deuxième jeu de rôle que j’ai fait sur table avec des potes et un qui fut fort marquant en dépit de sa brièveté. Parce qu’au final, même si chaque partie fut épique et mémorable à sa façon (on en parle encore aujourd’hui en buvant des coups, chaque détail vaut dix minutes de récit) on a au final joué … 4 fois avec le groupe au complet (groupe composé de Até, Dwarframe, un ami à nous qui ne saurait tarder à réapparaître dans nos colonnes, et moi) avec quelques à cotés ici et là où on faisait d’autres persos et d’autres histoires sans que tout le monde soit là. Et c’est dans Shadowrun que j’ai joué ce qui est encore aujourd’hui mon perso favori de jeu de rôle : Ink.
 Dans toute sa splendeur ! le dessin est de Claire Delépée
Ink Head, qui fut ensuite raccourci en Ink tout court. Un perso plus ou moins atypique dans une bande de gugusse où on avait tous fait un peu n’importe quoi, je laisserai Até parler lui même de son perso, et peut être qu’un jour on évoquera celui de Dwarf. C’était unE (oui j’insiste sur le féminin) ork, ex-ganger d’1m90 et large comme deux fois l’elfe du groupe. Niveau concept j’avais fait une tambouille entre plusieurs influences : la première étant Karl Marsalis sur la couverture de Black Man de Richard K. Morgan que je trouvais très cool (même si en la regardant de plus près on dirait vraiment qu’il se tient les parties comme s'il avait peur qu'elles s'en aillent). J’aimais bien le côté veston noir rehaussé de orange (et encore, dans le bouquin il est décrit comme en ayant un chevron au poignet et je suis tristesse qu’on ne le voit pas sur l’illustration), ça a créer la base visuelle du perso qui a du coup eu exactement le même blouson de toute la partie. C’était mon truc iconique à moi. A côté de ça quelques mois avant qu’on lance cette partie, j’avais joué à Shadowrun - Hong Kong, le jeu vidéo adapté du JDR par Harebrained Schemes (qui est très cool d’ailleurs) et déjà là j’avais choisi une ork. Street samourai de son métier, je n’arrive pas à me rappeler le pseudo que je lui avais donné (peut être que je fouillerai dans mes dossiers pour voir, retrouvé : Grimm) mais en tant j’ai encore son nom et prénom en tête : Vivienne Wang. Et elle a également amorcé la suite du personnage : je lui avais choisi un portrait d’orkette chauve avec un tatouage sur le sommet du crâne. Je trouvais l’image très cool. Et puis est venu la dernière connection, encore d’un jeu vidéo. Je me suis refait une partie de Sleeping Dogs, qui en dépit des quelques défauts qu’il a, est un jeu que j’aime beaucoup, surtout que j’ai eu une période où je dévorais du film de Triades quand j’étais au lycée. Du coup j’ai volé (n’ayons pas honte de le dire) le concept du personnage venu des rues pour entrer dans une triade, ainsi que la myriade de tatouages asiatiques du perso principal.

En combinant le tout on obtient Ink-Head. Le crâne rasé et tatoué sur tout le corps, de la gorge aux sourcils, toujours enfoncé dans un blouson noir à épaulettes avec un chevron orange à la manche droite et StIGMA (le T ayant été rajouté à posteriori) marqué dans le dos, avec pantalons camouflages d’hiver, rangers et un maillot de basket des Golden State Warriors (parce que c’est la première équipe de l’histoire de l’univers qui avait accepté les métahumains) avec la clope au bec. Armée d’une paire de gros calibres planqués sous son manteau (des Ares Predator pour ceux qui connaissent Shadowrun) et d’un bon direct du droit (aidé par le fait que ses os étaient renforcés par un squelette cybernétique) j’adorais ce perso. La seule chose que j’ai raté avec en fait c’était ce pourquoi elle était faite à la base : la conduite. J’ai dû faire … trois ou quatre jets de conduite en tout et pour tout de tout ce que je l’ai joué, j’en ai raté trois. Dont un où tout le monde a failli mourir, embouti par une Ferrari dont la conductrice ne regardait pas où elle allait et dont le petit doigt a atterri sur mon tableau de bord …

Le portrait que j'utilisais dans Shadowrun : Hong Kong. J'imagine que vous voyez la continuité
Je m’étais d’ailleurs pas mal cassé le dos sur son historique. Sachant que je m’étais basé sur une fiche prétirée j’avais tenu à garder le fait que le personnage avait des os renforcés et je voulais une bonne raison. J’ai donc repris mes inspirations citées plus haut et j’ai activé mon mixeur mental. C’était donc une gosse de la rue de Kowloon (un endroit réel qui a ensuite été adapté dans Shadowrun) qui avait ensuite intégré une bande affiliée aux Triades (les Waterstreet Boys de leur petit nom) où elle faisait le chauffeur (histoire de justifier que je savais conduire la camionnette du groupe. Certes avec le succès qu’on me connaît …). Avides de sensations et de fric son gang fini par tomber dans l’excès à faire des casses complètement défoncés aux drogues, le tout finissant au final dans un massacre et un foirage complet. Leur chef eu droit à des semelles en béton et les survivants de l’histoire à toutes les articulations fracturées. D’où une longue et sale période à vivre dans la rue, combattre l’addiction tout en ayant de se faire un peu de fric pour quitter le pays tout en faisant une rééducation maison. Pour ensuite prendre un avion direction Seattle et bosser pour la Triade locale, les 88 qui ont ça de particulier de beaucoup utiliser des implants cybernétiques pour la force de frappe. Et c’est ainsi qu’elle avait récupéré ses os renforcés pour compenser les dégâts précédents et récupérer une vraie mobilité. Et ensuite j’avais prévu de laisser un blanc pour le MJ dans tous les trucs qu’elle avait pu faire avec les 88 (qui n’est pas un truc néo-nazi, s’il vous plaît). Et ensuite notre histoire avec le groupe actuel.

Qui n’est pas allé bien loin, la faut à divers facteurs, d’emplois du temps tout d’abord, puis un changement imprévu de jeux à cause de ces fameux emplois du temps. Et enfin une brouille avec le MJ même qui commençait à avoir un comportement assez chelou vis à vis de nous. Mais je reparlerai de Ink et de Shadowrun, soyez en sûr. C’était quand même mon perso préféré

lundi 5 mars 2018

Lisez Bordel ! #1 Dan Abnett et la communauté

J’ai décidé de créer cette rubrique pour plusieurs raisons. La première ça doit être pour lutter contre l'illettrisme ou un truc du genre. La seconde parce que j’ai envie de parler d’auteurs ou de bouquins que j’aime bien. Et la troisième c’est que parler d’un sujet par le prisme d’une oeuvre me tente. Du coup j’ai envie de parler … de communauté !


Oui, un sujet magnifique, qui nous unit tous et tout l’éternel blabla. La place de l’individu dans tout ça, la solitude existentielle et j’en passe. Un sujet fascinant s’il en est parce que je pense qu’on s’est tous un peu posé la question une fois, que ce soit vis à vis de nos amis, de nos proches ou de la société en général. C’est une question qui revient aussi pas mal quand on fait du jeu de rôle. Si vous avez lu tout ce que j’ai écrit depuis un moment (et vous avez intérêt !) vous avez dû remarquer que le rapport aux autres dans diverses formes revient souvent. Que ce soit entre les individus que sont les joueurs, leurs personnages ou la fonction de ces derniers, ou entre eux et le Maître du jeu, y’a de la socio à ne plus savoir quoi en faire. Et de façon pas si incohérente j’ai une série qui me vient en tête quand je pense aux rapports entre individus : la série Inquisiteur de Dan Abnett. Se passant dans l’univers de Warhammer 40 000 (oui, je sais, il revient souvent celui-là) la série est divisée en trois trilogie. La première (Xenos, Malleus, Hereticus) suit l’inquisiteur Gregor Eisenhorn, la deuxième (Rencontres, Renaissance, Révélations) se poursuit sur son disciple Gideon Ravenor tandis que la dernière (pas encore finie et qui n’en est qu’à un seul tome : Pariah) suit une tiers personne liée aux deux autres individus. Ne pouvant comparer que du palpable je vais me focaliser sur les deux premières trilogies.

Gregor Eisenhorn

Gideon Ravenor (oui, c’est une boite, le pauvre est en chaise roulante puissance mille. Avec propulseurs antigrav ET sulfateuses intégrées)

Déjà un point d’introduction est nécessaire : le cadre de toute cette histoire. On y suit deux personnages, chacun étant le protagoniste principal de l’histoire et tout deux faisant partie de l’Inquisition. Qu’est-ce que l’Inquisition dans Warhammer 40 000 ? En gros elle remplit à la fois le rôle de son inspiration historique (la purge par le feu de tout malotru jugé hérétique, mais aussi les extraterrestres et les corrompus) et des Men In Black de l’univers, chargé de faire disparaître les traces des menaces précédemment évoquées. Chaque inquisiteur possède une suite, autrement dit une équipe d'individus à divers talents, recrutés au cours de diverses investigations. Il existe dans le lore un sacré paquet de variantes et de philosophies, mais pour le bien-être de cet article je n’entrerai pas outre mesure dedans. Nul besoin de s’embrouiller. Dans les deux cas nos héros (enfin façon de parler) s'attèlent à enquêter puis à vaincre diverses menaces pesant sur l’Imperium. Comprenez que c’est de l’enquête avant de sortir les gros flingues quoi. Maintenant que vous avez ça en tête je vais directement parler d’un gros écart entre les deux et tout ce qui en découle. Eisenhorn est raconté à la première personne, Ravenor alterne les points de vue. Et ça change absolument tout.

Le but de la communication, hormis le fait de séduire les femmes et de mépriser son prochain, c’est de confronter des points de vue avec d’autres et pouvoir aller plus loin que son nombril. Et dans le genre du nombril y’en a à plus savoir quoi en faire dans Eisenhorn. C’est pour moi le plus gros souci que j’ai avec la série là : toute l’histoire se porte sur son questionnement de savoir quand est franchie la limite entre les moyens extrêmes (vous imaginez bien qu’être inquisiteur c’est pas un boulot simple) et la corruption pure et simple. Et purée il en parle, en long, en large et en travers. Et on est un peu seul avec lui dans sa tête, ses moments de questionnement vis à vis d’autres personnages sont quasi inexistants (je n’en vois qu’un seul en fait, en trois tomes). Ce qui est bête d’ailleurs vu que plusieurs antagonistes ou alliés sont clairement conçus comme des miroirs ou des faire-valoirs en termes de méthodes, de philosophies ou d’attitudes. Je pense notamment à Heldane, Quixos ou encore Osma. Mais leur temps à l’écran (si tant est qu’on puisse en parler vu que c’est de la littérature) est maigre. En fait tout le monde est maigre en temps d’écran j’ai trouvé. Et moi je n’ai pas aimé. Pour diverses raisons dont je parlerai sans aucun doute plus tard dans un autre article j’aime bien les groupes. Une bande de personnages colorés et distincts moi ça me plait. Et vu qu’on reste tout le temps avec Eisenhorn, eux n’ont pas franchement droit aux feux de la rampe. Tout chez eux est vu par rapport à Eisenhorn et ils n’existent que par lui. C’est d’autant plus criant quand l’un d’eux le plante dans le dos et que c’est considéré comme la pire chose possible du monde. Pas de discussion, quelques arguments vite faits bien faits et voilà. Et ça vaut aussi pour son love interest dont on ne verra jamais que ce que lui a vu en elle et pas l’inverse.. Ca m’est venu en lisant Ravenor après : tout est là pour Eisenhorn et sa vision des choses. Et si vous ne voulez pas être d’accord avec lui le livre ne vous en donne pas le droit, que ce soit ses choix, ses sentiments ou ses justifications.

Eisenhorn en une image


Du coup parlons de son disciple. Déjà comme je l’ai dit plus haut la narration est partagée entre plusieurs personnages. D’un côté Ravenor lui même, puis vient son équipe qui ont chacun leurs chapitres par leurs points de vue, d’autres moments où on laisse la parole aux adversaires et bien entendu quelques quidam qui sont là pour subir les effets de l’histoire et illustrer pourquoi tout va mal. Et ça change absolument tout². Le fait de leur donner la parole fait qu’on a la vision d’autres individus, ce qui permet notamment à l’auteur de pointer les faiblesses et les erreurs de son personnage ainsi que les divergences d’opinion entre les membres d’un même groupe. Et ils pensent ces persos, ils évoquent leurs passés, leurs expériences communes, leurs divergences de méthode et de philosophie. Pour vous donner un bon exemple, on retrouve notamment deux personnages déjà vu dans Eisenhorn : Nayl et Kara. Dans la première trilogie pour moi ils étaient juste des noms, un peu anecdotiques d'ailleurs, pas franchement de traits distinctifs ou autre. Et une fois venu Ravenor je me suis mit à beaucoup les aimer et en vouloir plus de leurs sous intrigues et de leurs interrogations personnelles. Et surtout quand l’un d’entre eux fait une erreur ou s’écarte des autres c’est mentionné par d’autres personnages. On n’est plus uniquement dans la tête d’une seule personne sans recul sur soi. Et ce que ce soit la bande de Ravenor ou les moments où les antagonistes parlent entre eux de leur appréciation du Chaos. Alors que je tape ces lignes je me rends compte qu’on peut quasiment dire que la communication est le thème principal de la saga Inquisiteur. Peut être que je m’avance un peu en disant ça, mais entre la façon dont fini l’histoire entre Eisenhorn et Fischig, toute l’intrigue avec l’équipe de Lilith dans le troisième Ravenor, le rapport qu’ont les deux antagonistes à Slyte. Et de ce que j’en ai vu dans Pariah le personnage principal passe une partie de l’intrigue à courir après des réponses qu’on ne lui donne que très partiellement à chaque fois. 

J'ai pas pu résister ...
Et c’est pour ça que je préfère Ravenor à Eisenhorn. Parce qu’on a le choix de prendre ce qu’on veut dans l’avis de chacun et de d’embrasser ou non le point de vue du personnage principal. Comme je vous le disais plus haut : l’individu et la communauté. Par contre je tiens à nuancer un détail : si je peux être critique du personnage d’Eisenhorn, n’allez pas croire que sa trilogie est nulle. Juste qu’elle me parle moins, surtout vu les arômes de cyberpunk qu’ont les deux premiers Ravenor, c’est un de mes points faibles je l’avoue. Lisez donc les deux, notamment pour voir comment ils se répondent et s'entremêlent. Lisez les pour découvrir autre chose de Warhammer 40 000 que des Space Marines dans des vaisseaux qui dérivent dans l’espace. Lisez les pour vous donner des idées si vous voulez jouer à Dark Heresy. Lisez Bordel !

lundi 26 février 2018

Un concept ça ne fait pas tout

Je vais m'auto contredire sur cet article. J’ai dit dans mon article sur la magie de vous faire plaisir. Et bien faites gaffe avec ça. Parce que dans la vie rien n’est aussi simpliste. J’imagine que si je vous parle de jeu de rôle et que je vous présente un univers qui vous plait, vous allez avoir un concept. Ne niez pas, ça marche tout le temps comme ça. Et c’est tout à fait normal, un personnage en général c’est une idée, une petite graine qui pousse pour donner quelque chose avec deux bras, deux jambes et une personnalité (sauf si vous jouez thri-kren). Le hic en fait c’est que c’est loin d’être aussi simple que ça en à l’air. Et parce que j’ai commis cette faute moi même, j’ai envie d’en parler avec vous. Et de ce que j’en ai observé, y’a trois grandes catégories d'écueils en terme de concept de perso. Que voici :

L’Unique

En général si on se met à penser beaucoup, y’a forcément un moment où vous allez concevoir un personnage un peu extrême, ou “spécial” ou encore “unique”. Et sans vouloir vous offensez, vous allez probablement foncer dans le panneau neuf fois sur dix. Je m’explique : quand on commence à créer des personnages, et même ensuite, on a très souvent tendance à vouloir les rendre unique, et le problème est que le choix de comment créer cette unicité souhaitée est foireux. Par réflexe on va vouloir qu’il ait des qualités, ou alors une “vraie” particularité, souvent sous l’inspiration de tel ou tel héros vu dans un livre ou un film. Hé bah c’est encore une fois une très mauvaise idée. Faire un personnage (et je vais essentiellement parler de jeu de rôle mais ça marche aussi ailleurs) c’est compliqué. Le problème est que différenciation et unicité ne sont pas une seule et même chose.


Baldur’s Gate 2 et Planescape Torment. Comparez donc

Dit comme ça, ça peut sembler nébuleux j’en conviens. Mais je vais prendre quelques exemples tirés de jeux vidéos pour vous illustrer mon propos. Baldur’s Gate 2 doit être mon jeu favori de tous les temps parce que (oui, parce que est une raison à part entière quand ça touche à ce jeu) et une des choses que j’aime le plus dedans c’est les différents compagnons qu’on peut y recruter et leurs particularités. Et pourtant conceptuellement il n’y en a pas qui sont “uniques” dans leurs conceptions. Prenez Keldorn par exemple, c’est un paladin, loyal bon, droit dans ses bottes et dont la quête personnelle traite sur le choix qu’il doit faire entre sa famille et ses vœux de chevalerie. C’est fort, mémorable et bien foutu. Et je vais comparer à un autre jeu de l’époque : Planescape Torment. Qui est aussi un jeu qui se passe dans un des univers de Donjons & Dragons, le premier compagnon, que vous y croiserez, et je ne déconne pas, c’est Morte. Morte est un crâne volant et parlant dont l’attaque spéciale consiste à agonir d’injures ultra sales les adversaires. Je vous laisse comparer les deux et me dire lequel fait le plus “exceptionnel”. Et si vous m’accusez de prendre des cas à part (ce qui est fort injuste de votre part, je suis de bonne foi) quasi tous les compagnons de Planescape sont comme ça. Que ce soit la succube chaste, le mage éternellement en feu, l’armure habitée par l’esprit de son ancien possesseur ou le seul automate conscient de son individualité dans un monde mécanique et j’en passe. Comparez ça à une voleuse amie d’enfance un peu rêveuse, un magicien mégalomane mais pas toujours très compétent, un guerrier au grand cœur mais pas franchement pourvu niveau cerveau et tirez vos propres conclusions. Le fait d’être trop unique, que ce soit par rapport au monde qui vous entoure, comme une race spéciale (un exemple va arriver un peu après), une condition unique (la succube chaste évoquée plus tôt) ou une combinaison de trucs peu courants ou probables aura vite tendance à sonner creux. J’irais même plus loin en disant que c’est une béquille assez facile : plutôt que de se casser le dos à faire quelque chose de recherché et de travailler à rendre ça intéressant, vous vous appuyez sur le fait d’être “spécial” et pif paf pouf y’a besoin de rien de plus.

L’auteur du crime originel

D’ailleurs cet élément spécial/unique/différent peut avoir un paquet d’effets pervers. D’une part cette fameuse béquille déjà évoquée, d’autre part un possible agacement de vos camarades de jeu qui se sont peut être fait suer pour trouver quelque chose de moins extraordinaire (et du coup, paradoxalement, mieux). Et surtout, surtout, surtout : vous risquez de tomber dans le syndrôme Drizzt. Qu’est-ce donc que cela ? Excellente question. Drizzt Dro Urden est un personnage venu de l’univers des Royaumes Oubliés, un des nombreux monde de Donjons & Dragons, dont les aventures s’étalent sur une trentaine (si ce n’est plus …) de volumes écrits par R.A. Salvatore. Et sa genèse fut le point de départ d’un paquet de clones. Car ce n’est rien de moins que le seul elfe noir gentil dans un univers où tous les elfes noirs sont chaotique mauvais. Notez que sa pureté est caractérisée par ses yeux violets (là où tous les autres ont des yeux rouges) et ses tourments internes profonds (émotionnels hein, pas de blagues intestinales s’il vous plait). Vous percevez le problème ou j’ai besoin d’aller plus loin ? Et non, je ne parlerai pas de Mary Sue, c’est bien trop compliqué à aborder tout ça. A noter que l’Unique a un cousin. Et comme par hasard il arrive dans la partie qui vient.

L'Excentrique

Quand je parle de cousin de l’Unique c’est pour une raison : l’Excentrique lui ne cherche pas forcément à vouloir être le seul dans son genre, ou à briser tous les codes du genre. L’Excentrique lui veut juste “s’amuser” et forcément son personnage va être au diapason. Concepts improbables, traits farfelus, attitudes à la con c’est en général à ça qu’on le reconnait. Et là aussi ça va bloquer. Je n’en ai pas parlé à ce moment là mais comme pour l’Unique, si vous êtes “trop” spécial vous allez rapidement faire des claquettes sous les feux de la rampe pendant que les autres se font suer à vous regarder (ce qui rejoint un peu mon article précédent sur la magie quand je parlais du pied d’égalité). Je ne le répèterais jamais : pensez pas qu’à vous en jouant. Et l’autre gros problème d’un personnage un peu délirant et fifou c’est, comme pour l’Unique, son aspect potentiellement simpliste vu qu’il a un trait majeur qui le définit et qui risque de ne pas aller bien loin. Voyez ça comme une blague : vous allez sans doute éclater de rire en l’entendant la première fois, la deuxième fois ce sera toujours drôle, la troisième elle commence à s’user et au bout de la dixième vous n’aurez qu’une envie : égorger celui qui la répète encore et encore. Et ce même si c’est vous même. Je vais vous donner un exemple, voir même deux tiens. Un cas célèbre dans la communauté du Monde des Ténèbres c’est le Fishmalk. Qu’est-ce donc ? Il faut un peu d’exposition pour comprendre, mais vous verrez c’est pas si compliqué que ça. Dans Vampire La Mascarade, un des jeux de la gamme, un des clans de vampire jouable sont les Malkaviens, un clan dont le trait est que chaque membre est obligatoirement fou. Et oui, c’est inscrit tel quel dans les règles, comme le fait qu’un autre clan n’a pas de reflets ou qu’une autre portion ont la tronche du Comte Orlok. Le problème qui a vite émergé dès la première édition c’est que beaucoup prenaient le concept de “personnage fou” pour justifier le n’importe nawak le plus total. Du genre à courir tout nu pour grimper sur des statues, attaquer des flics pour piquer leurs flingues et cribler leurs bagnoles de trous avant de se rouler par terre en chialant, croire que leur lapin en peluche est vivant et leur parle (tout ce que je vous raconte là est du vécu). Ou encore le cas le plus célèbre : frapper des gens avec un poisson avant de partir en courant. Dans un jeu qui se veut gothique-punk … Pour l’anecdote malheureuse, j’ai un jour expliqué en détail le concept à quelqu’un que je voulais persuader de jouer à Vampire avec moi. Sa réponse fut “mais c’est trop bien, je veux faire ça !”. Des fois je me dis que j’explique pas si bien les choses.

Le terme a tellement voyagé qu’ils en ont fait une illustration dans un bouquin
Et si vous revoulez de l’exemple (j’en ai promis deux après tout) : sur Deadlands notre ami LeLobbyisé joue un grand-père, ex lord anglais dur de la feuille et magicien. Au départ il s’est beaucoup amusé à jouer sa semi-surdité et le fait que c’était un papy à la traîne (notamment comparé au desperado de la bande, tout le temps sur des charbons ardents). Et puis plus le temps est passé et plus, de son propre aveu, il a commencé à ne plus trop voir quoi en faire, c’est passé par du relooking (50 dollars dans un costume en soie, puis un habit complet de rurales mexicain) puis son idée (avortée) de se créer un vautour de compagnie. On en a parlé pendant un moment avant que de son propre aveu il me le dise “je suis pas content de mon perso, au final c’est juste “le vieux” et pas grand chose de plus.”. Je pense que ça illustre assez bien ce que je viens de dire. Et je pourrais aussi vous parler d'une fois sur Shadowrun avec, encore, Até et Le Lobbyisé qui a fini en un immense n'importe quoi parce que j'étais le seul personnage avec un concept qui tenait debout (Até jouait un chevalier français déplacé dans le temps (oui dans Shadowrun ...) et Le Lobbyisé faisait un videur troll qui jouait son 1 en logique comme le fait d'être un crétin fini). Au final ça a donné peut être quatre heures, marrantes sur le coup, à faire des blagues de merde sur les gens pas intelligents et à ne pas avancer dans le scenario. T'façon à partir du moment où Le Lobbyisé s'est rebaptisé Baboulinet en plein milieu de partie j'aurais dû comprendre que c'était foutu ...

Après ne soyez pas non plus pisse-vinaigre hein. Pour raconter une anecdote positive sur un perso “blague” on a eu le cas, toujours sur Deadlads, de Até qui a littéralement joué Captain Obvious. Oui oui, sans déconner. Et pour un seul scénario où il était exceptionnellement invité (qui a quand même pris trois sessions de 4h30 chacune) ça a très bien marché et tout le monde a rigolé un bon coup de ses remarques à la con. Le personnage ne servira pas plus, il a eu son moment, ça a été une bonne blague, courte donc forcément une des meilleures. Le tout étant que ça colle au moment et que ça soit adapté aux circonstances.


 Ategix comme vous ne l’aviez jamais vu
L’Inadapté

Et justement le fait d’être adapté est un réel enjeu. On peut retrouver ça à la fois dans l’Unique et dans l’Excentrique à leur façon, mais l’Inadapté est un spécimen assez compliqué à gérer. Au tout début j’ai parlé des inspirations, notamment venues de la fiction. Et un trait de caractère venu de la fiction n’est pas forcément un trait de caractère qui marchera dans un groupe de joueurs. Prenez la plupart des héros d’œuvres dites “dark”, genre Berserk avec Guts ou même dans un autre genre Docteur House ou Sherlock de la série de la BBC. Vous avez des personnages principaux charismatiques avec des personnalités fortes et des traits marqués … qui traitent absolument tout leur entourage comme de la merde en étant des connards hautains et/ou misanthropes. Quand bien même il est censé y avoir une séparation entre joueurs et personnages, je pense sincèrement que si vous passez le jeu à agir comme un connard insupportable vous allez juste pourrir le bon temps de tout le monde. Je vais encore une fois radoter : ne pensez pas qu’à vous même. Sans dire que tout doit être fait en fonction des autres, regardez un peu autour et essayez de faire attention aux autres comme vous voudriez que l’on fasse attention à vous. Si vous savez que le shaman indien a genre une vendetta personnelle contre les texans, peut être que ce n’est pas le meilleur moment pour jouer votre nouveau personnage Texas Ranger.

Vous avez vraiment envie de jouer avec un mec qui a cette attitude ?

Et en règle générale proche de l’absolue : ne faites jamais un solitaire. Le jeu de rôle est un loisir communautaire bon sang ! Si vous ne voulez pas être dans un groupe, qu’est-ce que vous foutez avec des gens qui jouent ensembles ? Et je vais partager une expérience personnelle avec vous sur le sujet, en exclusivité. Il y a neuf ans de cela (octobre 2007, la vache ça remonte …) j’ai participé à un jeu de rôle dans l’univers des Elder Scrolls, à l’époque où Oblivion était tout frais sorti. On jouait dans la ville de Bruma, à la recherche de disparus qui semble-il, s'étaient égarés dans les montagnes du coin. Honnêtement c’était pas brillant du tout, on était genre six ou sept kids de merde avec des concepts des plus affreux (dans le genre on était une bande d’Uniques/Excentriques puissance dix. Je faisais un chevalier elfe noir ambidextre avec des épées magiques dernier membre d’un ordre de chevaliers c’est vous dire. Il y avait également un vampire, un mage toqué mais génial, une sorcière aveugle hantée par un daedra et deux tueuses à gages, chacune venue d’une guilde ennemie de l’autre) qui faisions n’importe quoi, et je pense qu’on aurait jamais vu le bout de cette enquête, mais qu’importe : on s’amusait. Et puis est venu l’Inadapté, le vrai. Il jouait un ancien garde de la ville forcé à la retraite par la perte d’un bras. Clairement son personnage marchait en tant que tel, c’était même probablement le plus à même de régler le souci. Sauf que le joueur a décidé d’y aller à fond dans son concept. Et comme tous les ex-flics il s’est mit à antagoniser tout le monde, un peu comme un bully (en fait non, pas un peu, c’en était complètement un). Et vu qu’on était des petits merdeux on ne savait pas comment réagir et nos persos, qui étaient complètement nous, se mettaient en colère et qu’il se délectait de nous voir sortir de nos gonds, et en remettait une couche. Même encore maintenant me souvenir de ça est douloureux tant aujourd’hui je me rends compte que c’était pas si différent que de se faire coincer dans un coin par la brute de la classe à la récré et de se faire distribuer des claques pendant qu’il ricane. Surtout que je n’ai aucun souvenir qu’on ait parlé entre nous du problème qu’il représentait et de sa toxicité. Ou qu’on ait essayé de contacter un des modérateurs du site où la partie avait lieu pour qu’il intervienne. C’en est flippant d’ailleurs d’avoir un blanc pareil. Et écrire tout ça m’a fait remonter un sacré paquet de trucs à la surface, je vous avoue que je me sens pas super bien d’y repenser.

Fin de la digression en tout cas. Et tant qu’à faire abstenez vous de tous les absolus possibles. Vous avez le droit de jouer un gars droit dans ses bottes, vous n’avez pas le droit de jouer un moralisateur lanceur d’absolus dès que l’on dévie de votre avis. Ce qui est le cas d’énormément de mecs qui jouent des paladins loyal bon qui se considèrent comme la voix de la Justice et donc ont Raison. Tuez les dès qu’ils commencent à faire chier. Personne n’a le droit d’ordonner ou d’interdire quelque chose à quelqu’un, encore moins sous une menace quelconque et faire ça vous enverra direct dans la catégorie dont je vous parle depuis le début. D’ailleurs je pense que ce genre de comportement j’en reparlerai en détails un jour. A noter que rentre aussi dans cette catégorie tous les personnages ayant un concept ultra glauque ou qui dépassent les bornes de la sensibilité du MJ. Oui c’est de la censure, mais si vous me sortez un mec aussi crade que La Montagne de Game of Thrones vous dégagez aussi sec. Ça ou je ne sais quel sadique/violeur/tortionnaire/pédophile ou je sais pas quoi. Aussi libre que soit l’espace d’expression du jeu de rôle, chez moi on ne dépasse pas certaines limites.

L’Incompatible

Celui-là c’est un peu un cas à part. A moins que le joueur le fasse exprès (ce qui peut arriver, y’a des emmerdeurs partout) ce type de personnage n’est pas de la faute de son créateur. Comme son nom l’indique il naît d’une incompatibilité, celle entre le personnage tel qu’il est et le reste du jeu. Ce n’est pas le perso même qui est en cause, c’est le contexte dans lequel il sera et qui peut l’amener, du coup, à se transformer en un Unique/Excentrique/Inadapté. Je sens que vous avez du mal à suivre dans le fond, alors je vais vous donner des exemples. Si vous jouez à Donjons & Dragons et que vous sortez une fiche de moine de vos cartons, avec une longue histoire sur la trahison qui a déchiré son monastère et le serment qu’il a prêté de retrouver les Dix Parchemins de la Grue de Jade pour faire amende honorable, pas de soucis jusque là. Sauf que sans vous prévenir le MJ vous envoie dans une partie de Ravenloft, un univers particulièrement orienté horreur et gothique. Je pense que vous imaginez bien que vous allez faire trèèès tâche avec votre robe couleur safran et vos coups de pieds sautés face aux chasseurs de loups garous à mousquet. Vous voilà devenu l’Unique. Vous en revoulez ? Facile. Supposons que je relance Deadlands, par curiosité vous décidez de faire un indien, il faut après tout leur donner leur chance non ? Et pour faire un concept cool vous décidez de jouer un Contraire qui n’y connait rien au monde des blancs. Ce sera intéressant de le faire évoluer aux côtés des persos des autres et de voir comment l’un s’adapte à l’autre … Sauf que la campagne se passe à la Nouvelle Orléans, que vous devenez très vite relou à marcher à l’envers dans les avenues de la ville, que vous entrez par les fenêtres et vous baignez dans le canal. Le tout très sérieusement et tout ça. Mais vous êtes devenu l’Excentrique et vous risquez fort de lasser tout le monde. Ou alors si vous dégainez le paladin, ce bon vieux paladin, dans un groupe de mauvais à Pathfinder ou l’inverse, vous allez forcément ne pas vous couler dans le moule, et forcément vous devenez l’Inadapté. Ça marche pas mal aussi avec les voies d’illumination dans Vampire. Si vous essayez de préserver le peu d’humanité qui vous reste, ça va être compliqué de cohabiter avec celui de la voie des métamorphoses qui ne cesse de vouloir devenir toujours plus monstrueux. Et je parle pas de celui des Cathares et son éternelle quête de vices dans le but d’embrasser sa nature maléfique. Voyez ce que je veux dire ?

Ai pensé à ça en tapant mon truc sur l'indien. On en est pas si loin en fait

Hélas oui, jouer un bon perso c’est pas évident du tout. Surtout que l’Excentrique de l’un peut être l’Inadapté de l’autre qui sera traité d’Unique par l’Incompatible qui va se faire rejeter par le MJ et ainsi de suite. Il n’y a qu’une leçon certaine que j’ai à tirer de toutes ces réflexions : jouez en ne pensant pas qu’à vous et soyez créatifs. Des persos qui ne vont pas, c’est toujours mieux que pas de perso du tout non ?

L'état des lieux

Je vais annoncer quelque chose de choquant : à la grande déception de beaucoup ... je ne suis pas mort. Trois ans que ce machin prend la pou...