mercredi 1 janvier 2020

2019 : Bilan littéraire de l’année

Et voici venu le bilan de l'année. Soit ce que j'ai retenu sur les 81 bouquins lu cette année. En termes de statistiques je suis plus ou moins égal à moi même. J'aurais aimé plus parce que je veux toujours faire mieux, mais j'ai eu quelques blocages de lectures. Soit parce que confronté à une série de livres peu intéressants (vous ne savez pas à quel point on peut tomber bas dans le genre de la romance ...) ou alors des morceaux très dense et rude à lire (Patrick Rothfuss qui est pas mal pour caler un meuble, ou l'actuel Jardins de La Lune de Stephen Erikson qui est une incitation à l'addiction à l'aspirine). Mais ce ne fut pas une mauvaise année sur le plan littéraire je dois dire. Y'a juste, encore et encore, un backlog de trucs à lire qui n'arrête pas de grandir, priez pour moi mes amis. Et oui, contrairement à l'an dernier, j'ai cédé et j'ai fait une partie sur les mentions honorables et honteuses. Lapidez moi si ça vous chante. Au niveau de l'année elle même ... Ça a été chargé. Je pense que vous l'avez constaté, je suis un peu le seul capitaine à bord depuis un moment, Até fait des choses de son côté (même si on reste en contact et tout hein, y'a pas de divorce ou autre). On a aussi assisté à la fin du groupe de JDR officiel, plusieurs membres ont dû partir pour des histoires de vies personnelles donc c'est pas franchement la peine d'essayer de réunir la bande. Je regarde vaguement à fédérer une autre troupe mais c'est compliqué. J'ai joué un tout petit rôle dans un fort sympathique court métrage. Failli écrire un bouquin à quatre mains mais c'est tombé à l'eau à cause d'un américain fou. J'ai aussi un univers personnel en gestation dans les cartons, quelques scénarios qui ne serviront sans doute jamais mais qui ont le mérite d'exister, des travaux d'aiguilles, des recettes que je dois essayer et supposément aphrodisiaques et je me suis inscrit sur Twitter. Mais assez parlé de moi, parlons bouquins !

Baroness of Blood de Elaine Bergstron

C’est le premier livre que j’ai lu de l’année. Et sur le coup j’en ai été plutôt déçu. Il fait parti de la gamme Ravenloft, univers dédié à l’horreur gothique au sein de la gamme Donjons & Dragons. Oui je me suis dit qu’après avoir saigné Warhammer 40 000 il me fallait bien d’autres produits dérivés. On y suit le cheminement moral de son personnage principal, Ilsabet Obour. Laquelle, spoiler inside même si le titre est juste un tout petit peu parlant, finit par devenir un des fameux Darklords si iconiques à Ravenloft. Les critiques que j’avais lu ici et là sur le net évoquaient le fait que le personnage principal était trop antipathique pour rendre le livre intéressant … et effectivement, oui, Ilsabet est un lamentable être humain et de A à Z, quand il y a un choix à prendre, elle fait toujours le pire. Et vous savez quoi ? C’est le but. Ravenloft tout entier est basé sur le fait que les Darklords auraient pu éviter tout ce qui leur arrive s’ils avaient su mettre leur ego de côté et être raisonnables. Ravenloft est grandiloquent, c’est un univers inspiré de la littérature gothique nom de Dieu. C’est quand j’y ai repensé que je me suis rendu compte que, de loin, c’était une des meilleures illustrations que j’ai lu de la maxime qui veut que tout méchant pense être le héros de sa propre histoire. Il m’aura juste fallu huit mois pour prendre le temps d’y repenser et de me rendre compte qu’en fait c’était un bon cru cette baronne.

Ministry : The Lost Gospel de Al Jourgensen

Al Jourgensen est un gros con. Et un junkie. Très franchement il est dur de le nier, et lui-même est assez lucide sur le fait qu’il n’est un modèle pour personne. Et le récit de sa vie en est un excellent exemple. Des conneries de gamin à voler des voitures et se payer du shit en emmerdant ses parents, au premier album synth-pop de Ministry jusqu’à la consécration, le tout toujours accompagné par beaucoup de drogues, le parcours du type ressemble à une espèce de montagne russe malsaine. Entre les overdoses dans les toilettes, les problèmes de santé liés à l’alcool, les tournées peuplées de fans bizarres (on y aperçoit Nathan Gale qui s’est trompé de salle de concert) et les autres groupes, Jourgensen raconte avec une certaine lucidité (quand il arrive à percer les brumes opiacées) son passif, ses joies et ses gloires. J’ai lu plus d’une biographie d’artiste, et certes si on échappe à quelques auto-glorification assez insupportables, ce bouquin évite de tomber dans les écueils de “moi je savais” “moi j’avais compris” “moi j’avais raison” et autre jetés de fleurs par conteneurs entiers. Notamment par la très bonne idée de faire intervenir d’autres personnes de son entourage, lesquels ont parfois des histoires tout à fait contradictoires. Et en un sens je trouve que ça donne à la chose beaucoup plus de vérité au tout. Parlez avec vos amis et demandez-leur de vous raconter un vieux truc de votre vie pour voir. Vous aurez souvent plusieurs versions aussi. Et puis y’a cette histoire du nain homosexuel habillé en velcro qui vaut son pesant de cacahuètes. Rien que ça est un argument majeur en soi.

Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss

On m’avait dit que c’était sympa mais sans plus, que le personnage principal était une grosse Mary Sue et j’en oublie. Mais le destin a fait que j’ai mit la main dessus en récupérant un pack d’epub d’un giga environ (j’en ai même pas lu un centième au final …) et le tout a traîné sur mon téléphone pendant un moment. Oui je lis mes epub sur mon téléphone et alors ? Alors effectivement, Kvothe, le personnage principal, est complétement pété. Oui il apprend tout ce qu’il faut, comme il faut, au moment où il faut. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas grave. Parce que c’est le propos même du livre (en tout cas c’est ce que moi j’en ai dégagé) que de montrer qu’un individu surpuissant peut être brisé. On le voit avec l’histoire de Lanre, du Draccus, d’Ambrose, d’Elodin et j’en oublie. Et surtout la plume nom de dieu ! J’avais parlé dans mon article sur la fantasy de l’importance du style et je maintiens ce que je pense sur son importance. Et pour le coup Rothfuss est bon à ça, que ce soit pour ses personnages où même les seconds rôles lointains sont mémorables (l’homme masqué de Traedan me reste en tête alors qu’il apparaît deux pages !), son système de magie est un peu nébuleux au premier abord mais très bien construit (un jour je parlerai de l’importance de faire un bon système de magie), son approche de la romance, qui pourrait être un passage obligatoire chiant, est superbe notamment pour la pudeur qu’il utilise (je vous laisse lire et comprendre). Une autre chose qui m’a fait beaucoup aimé ce bouquin c’est l’approche très … biographique du tout. En effet le tout est une trilogie censée retracer la vie de Kvothe et on pourrait s’attendre à avoir droit à tout par période, rapidement évacuées et digérées et direction la suivante. Rien de cela ici, sur un livre de 800 pages on y voit passer quinze années méticuleusement détaillées et annotées. D’aucuns pourraient y voir de la longueur, j’y vois du détail et une approche différente. Et le dernier point qui m’a fait aimer ce bouquin c’est qu’il m’évoque … Blast de Manu Larcenet, dans un style très différent mais quand même. Cette similitude de l’auteur qui raconte l’histoire d’un personnage auteur et ses diverses réflexions philosophiques. Faudra que je creuse un jour cette direction. Retenez que ce livre est bon et que je vais sans aucun doute m’atteler à la suite un de ces quatre.

Joker écrit par Brian Azzarello et illustré par Lee Bermejo

Que ce soit clair entre nous : je n’aime pas Batman. Je n’aime pas le Joker. J’aime encore moins qu’on me brise les couilles avec les comparaisons et parallèles et autres agripages de nœuds entre l’un et l’autre. Comme ça c’est dit. Et je crois que ce qui me gonfle le plus ces derniers temps, la faute à tumblr j’en suis sûr, c’est la fixette maladive sur le fait qu’un personnage aussi néfaste et répugnant puisse être considéré comme “cool”. N’allez pas croire que je fais le moralisateur hein, j’ai mes coups de cœur sur des personnages dont la moralité est hautement douteuse (Billy Butcher for ever) mais je sais que ce sont des ordures patentées. Un discernement qui manque à pas mal de monde j’ai l’impression. Et vous savez quoi ? Brian Azzarello pense comme moi. Son Joker nous met dans les bottes d’un acolyte du clown grimaçant qui s’improvise son bras droit alors que ce dernier sort de taule et entreprend de reconquérir le royaume du crime. Et c’est la parfaite illustration de ce que peut être l’expérience d’être le témoin d’un psychopathe H24. Les scènes comiques font des ricochets façon pinball avec le gore qui tache (le trait de Bermejo a le don de rendre des choses anodines ultras écoeurantes, genre manger une crevette. Sans doute aidé par l’encrage de Mike Gray) et les moments réflexifs. On passe du fantasme façon Henry Hill et Jimmy Conway a la réalité où vivre avec un psychopathe va juste vous laisser en ruines, surtout quand la notion du fun de ce dernier “Because Death , for him … is the punch line”. Et le final achève la déconstruction du personnage avec brio, lisez le, je ne vous spoilerai pas ça.Et je tiens à dire que je l'ai lu avant même que le film soit officiellement annoncé. I'm always there before it was cool !

L’Épée Brisée de Poul Anderson

Y’a un type bizarre qui m’en a parlé il y a quelques années de ça mine de rien. Comme J.R.R. on voit la grosse influence des légendes et sagas scandinaves. Comme J.R.R on sent le spectre des guerres mondiales qui pèse sur les différentes figures du bouquin. Mais là où Tolkien voulait faire vivre un univers entier, Anderson prend l’optique d’une vraie saga. Le monde est présent, il n’est pas expliqué et à part quelques détails importants à détailler, les choses sont ce qu’elles sont et point. Ce qui donne mine de rien au tout une autre couleur que le Seigneur des Anneaux. Surtout avec son final ultra noir et désespéré qui sonne très très contemporain d’une certaine façon. D’une certaine façon c’est un peu comme Le Troisième Homme avec Orson Wells, une œuvre dont on voit les rides et l’époque qui l’a fait naître, mais qui garde encore un gros impact aujourd’hui, tant la substance même est de bonne qualité. Un paquet de trucs restent très modernes en fait. Que ce soit le côté fataliste et désillusionné qu'on retrouve à tous les étages de la fantasy contemporaine, un antagoniste assez touchant malgré sa monstruosité. Ça marche bien. Sacré Poul.

Les Montagnes Hallucinogènes d'Arthur C. Clarke

Une bizarrerie comme on en voit peu. Vraiment. Vous saviez qu'Arthur C. Clarke, un des paternels de la hard-sf, avait écrit un pastiche de Lovecraft vous ? Moi non. Il y a fallu qu'un pote, fana de chez fana du grand échalas de Providence, me le prête pour que je découvre ça. Et le résultat est ... assez intéressant en fait. Déjà l'humour est extraordinairement britannique ce qui est toujours appréciable, qui n'aime pas l'humour britannique ? L'extrême force, et aussi la faiblesse de ce bouquin, c'est sa "richesse" en fait. Clarke pond des jeux de mots et des vannes extrêmement pointus. Trop pointus en fait vu que sur l'ensemble du volume qui ne fait que 76 pages, seul 44 sont dédiées à l'histoire elle même, les autres sont dédiées aux explications. Ce qui vous donne une idée de la quantité de références faites et du besoin de les expliquer. Ce qui en un sens pose la question de savoir si quelque chose peut être "trop" bien travaillé et donc obligeant à se faire tenir la main tout du long pour réellement l'apprécier. Et rien que pour ça c'est une lecture digne d'être mentionnée. Et pis y'a une blague sur Abdul Al Hashish et ça, ça me fait rigoler bêtement.

Mémoires de Lady Trent tome 1 : Une Histoire Naturelle des Dragons de Marie Brennan 

Ce fut une découverte au hasard celui-ci. Le troisième tome venait de sortir et un des sites où je me fournis en epub avait mit toute la série à disposition. Et moi j'aime bien les dragons donc j'ai pris parce que c'est cool et que ça vole et y'a des ailes. Oui c'est un plaisir totalement régressif et gamin que j'ai vis à vis de ces créatures écailleuses et ailées. Et vous savez quoi ? Marie Brennan aussi. Ce qui prouve que j'ai les mêmes centres d'intérêt que des gens biens (ou qu'on est au moins deux idiots ...). Je n'ai pas encore attaqué les autres tomes, donc il est possible que ça parte dans tout autre choses. Mais dans l'état actuel des choses on a affaire à une série qui reprend le concept des romans de voyages/aventures chères au XVIIIème et XIXème siècle à base lieux exotiques pour nos aristocrates victoriens huppés et de cultures à découvrir. Si ça vous évoque un type avec un fouet et un chapeau ... il y a de ça. Mais le tout est encore plus cool parce que le tout est axé sur la biologie des dragons, et nom de dieu que c'est très bien développé. Le monde de Brennan vit et marche justement par ses explications et autres petits soucis du détail qui me font rêver et comprendre pourquoi le monde est comme ça et pas si différent en dépit de tel ou tel élément. Et je dois dire que ça faisait un moment que je n'avais pas lu un roman qui utilise la forme du mémoire, un style que j'aime beaucoup et qui m'a filé un ou deux flashback de Out Of Africa et de sa voix par Evelyne Séléna (le seul truc que j'aime de ce film). Les prochains tomes seront lu cette année, ou la prochaine, ou celle d'après ... Mais ils seront lus ! Ho et détail important : le livre est parsemé d'illustrations qui rajoutent un chouette contexte, et à ma grande surprise elles sont de Ed Greenwood, le mec qui avait vomit sur la ligne graphique de Donjons & Dragons à l'époque. Chapeau d'avoir su me faire apprécier son boulot, livre.

Mentions honorables/honteuses à : Anno Dracula de Kim Newman, la preuve qu’on peut vraiment faire un livre de merde avec un concept cool quand on veut jouer au malin avec ses références au lieu de faire une histoire. Tales of Ravenloft qui contient quelques très bonnes nouvelles et un paquet de machins très nuls. Les éditions Mnémos et leurs choix d’auteurs de fantasy, rois des bouquins inachevés et/ou aux idées prometteuses pas exploitées. Amitié & plus si Affinités de Rose Vignetti qui est un truc infâme et mièvre au point que je me demande si l’auteur n’a pas entendu mes prières pendant la lecture et fait mourir l’héroïne à la fin exprès. Winter Witch d’Elaine Cunnigham, très scolaire dans son domaine mais fun néanmoins si on a envie d’une virée sans prise de tête dans l’univers de Pathfinder. Lame Damnée de Jay Courtenay Grimwood, la preuve qu'on peut faire du roman fantastique-historique-scatophile-graveleux, un genre dont j'aurais jamais pensé qu'il puisse exister. Et c'est de la merde. Le Sang des Assassins de RJ Barker, un livre qui m'embête parce que j'aime bien ce qu'il propose et son ton mais ... ce qu'il y a dedans n'arrive pas à me hâpper en dépit des qualités présentes et c'est fort dommage, je lirais quand même le troisième tome. Les Jardins de La Lune de Stephen Erikson, très très très très dense, qui m'a prit un certain temps à finir et digérer (quasi un mois) et il est fort possible que je revienne dessus sur ce blog. La Furie du Princeps de Jim Butcher, aussi bon que ses ainés mais pas aussi surprenant d'où l'absence d'un encart rien que pour lui, j'ai hâte et peur de lire le dernier, bordel ... Sucubus Revealed de Richelle Mead, j'ai commencé à lire la série là quand j'étais lycéen, j'ai jamais pu mettre la main sur le dernier tome jusqu'à trouver l'epub en torrent en début d'année, ça m'a fait bizarre de dire au revoir à une vieille connaissance. La Collection Osez ... 20 Histoire de ... aux éditions de La Musardine, des anthologies de littérature érotique sur un thème donné, tout n'est pas bon, loin de là, mais il y a de l'inspiration à y puiser. La vièrge des Loups Milliardaires (oui, avec la faute d'orthographe sur la couverture) de Jasmine Wylder, parce qu'un truc pareil il fallait l'inventer. Rapaces de Dufaux et Marini, preuve que de tous temps Dufaux a toujours aimé les femmes à poils, les histoires sexuelles peu ordinaires et les références historiques.

lundi 16 décembre 2019

Lisez Bordel ! #4 Patrick Rothfuss et la puissance du héros

J’ai un tout petit peu évoqué le monsieur quand j’ai fait mon Too Cool to Use #5. Je suis par contre incapable de préciser me rappeler où je l’ai découvert exactement. D’une certaine façon ça me frustre, j’aime bien retracer mon cheminement culturel. Possible que ce soit sur un panel de convention où il était invité avec Jim Butcher (lisez le, c’est vachement bien, je le répète). Je sais néanmoins que j’ai mit la main sur son œuvre par le téléchargement d’un pack d’epub de 1 giga trouvé sur Bookys. J’y ai pioché pas mal de trucs (L’abyssalement fécal Sœurs de Sangs de Mercedes Lackey, la sympathique Nuit de la Lune Bleue de Simon R. Green, Gene Wolfe qui traîne encore, tout Patricia Briggs et Scott Lynch, j’en parlerai ou pas plus tard de ceux-là) et que ça a pris la poussière sur mon téléphone pendant facilement un an. Oui je lis mes epubs sur mon téléphone et je le vis bien, c’est un des rares trucs que j’ai tout le temps avec moi, un bouquin grand format ou une liseuse ça ne tient pas dans une poche de pantalon, ou alors vous avez des cargos de la taille d’une tente. Enfin bref …

Ayant une soif avide de connaissance l’année en question fut occupée notamment à nourrir mon cerveau de bien des choses (y’a aussi mon travail, je suis un employé sérieux, ne croyez pas le contraire) je suis retombé quelques fois sur des mentions du sieur Rothfuss, un des commentateurs désignant son personnage principal comme une Mary-Sue complétement pété bon à tout et infaillible à chaque défi. Ça m’a refroidi un peu mais j’ai décidé de donner sa chance au bouquin et ne pas le supprimer cash de ma bibliothèque. Et puis à continuer de regarder Critical Role j’ai vu son caméo, m’étant pris d’affection pour le personnage qu’il incarnait et l’individu derrière (le passage de sa lettre à Keyleth est un sacré moment), je me suis dit qu’il fallait bien se lancer dedans. Ce que j’ai fait en février 2019 (je donne la date histoire de, je ne sais jamais quand je publie ou non ce que j’écris) et ça m’a pris une semaine et demi à lire 800 pages. Autrement dit j’ai beaucoup aimé et j’ai retourné la chose dans ma tête plusieurs fois. Et effectivement après quelques semaines de réflexions j’ai réussi à mettre le doigt sur ce qui a fait dire ça aux gens. Accrochez-vous, on plonge dans une longue discussion sur les personnages et leur puissance !


Pour être tout à fait franc avec vous, je caressais l’idée d’aborder ce sujet depuis 2018 quand j’avais lu L’Âge des Assassins de R.J. Barker, qui est un bouquin honnête mais pas non plus surpuissant. Lequel met en scène Girton, un assassin qui a dans la quinzaine plongé dans une intrigue politique au sein d’un château où les faux semblants occupent plus de place que les gens eux-mêmes. A l’époque je me souviens m’être fait la réflexion qu’en terme de puissance c’était un personnage intéressé parce que “équilibré”, sa technique et son expertise lui offre souvent la main haute dans des affrontements classiques, mais le fait qu’il soit jeune et donc loin d’être aussi fort que des adultes et affligé d’un pied bot le rende beaucoup moins invulnérable qu’on ne le pense au premier abord. Comparé à des bouquins comme ceux que David Gemmell où tout le monde est soit un badass intuable ou un novice qui doit apprendre à devenir un badass ou mourir dans une tentative foireuse mais souvent héroïque. Ou chez George R.R. Martin où l’expertise importe bien peu vu que qui que vous soyez vous allez mourir de façon humiliante et potentiellement gratuite. Néanmoins il n’y a pas grand-chose de plus à en dire, L’Âge des Assassins est un livre moyen dont je n’ai pas gardé énormément, pas pour rien qu’il n’était pas dans mon top littéraire de 2018. J’avais néanmoins besoin de contextualiser ça avant de commencer. Parce qu’une figure récurrente dans la littérature, en général provenant des critiques en tout genre (à tort ou à raison) est celle de la Mary Sue que j’ai évoqué un peu plus tôt. Pour ceux qui ne connaissent pas le terme est né dans les années 70, venant d’une fan de Star Trek du nom de Paula Smith, lassée des fanfictions de merde mettant en avant les personnages “originaux” de jeunes auteurs très très amateurs. Dans un fanzine dont elle était l’éditrice elle y écrivit les aventures du lieutenant Mary-Sue sur l’Enterprise, où elle y fait tout mieux que tout le monde. Le terme est resté ancré dans les mémoires avec le temps pour désigner un personnage gâté par la narration auquel rien ne résiste et sans aucun défaut ou des défauts qui n’en sont pas tant que ça. Des exemples célèbres du genre si vous voulez vraiment : Drizzt Dro’Urden, Bella Swann, Wesley Crusher (pour ceux qui connaissent Star Trek, encore une fois) et si vous aimez Warhammer 40 000, Kaldor Draigo. Et je ne parlerai pas de cas plus récents parce que, comme dit mon bon ami Skoeldpadda “internet aime l'utiliser pour qualifier tous les persos qu'il trouve "trop" ” et ça va pas plus loin. Et je suis assez d’accord avec lui sur la question, suffit de voir les énormes débats qui ont déferlé sur le personnage de Rey dans la nouvelle trilogie Star Wars.

La question que je me suis longtemps posé dans cette histoire c’est pourquoi cette haine ? J’ai fait mes fouilles archéologiques littéraires et je pense qu’on peut extraire plusieurs raisons. La première est à l’origine même de l’existence du lieutenant Mary-Sue à l’époque, à savoir la tendance qu’ont beaucoup d’auteurs (amateurs ou professionnels d’ailleurs) à mettre un personnage qui est eux ou pire une version fantasmée d’eux. Soyons tout à fait honnête, à quelques rares cas près (que je n’ai pas encore trouvé) il y a de très fortes chances que ce soit utilisé pour se masturber l’égo et/ou parce que la personne au bout du crayon n’a pas, supposément, le talent d’écrire de vrais personnages. La seconde raison vient d’une habitude devenue un amour, laquelle ? Je pense qu’on a mine de rien un sacré goût pour le modèle développé par Joseph Campbell et son monomythe qui du coup présuppose que le personnage doit rencontrer des difficultés et connaître une courbe de progression marquée d'échecs. Après tout sans écueils ni efforts la victoire est ennuyeuse non ? C’est comme faire un jeu en New Game + en mode facile. D’autant plus que souvent, on caractérise la Mary Sue par le fait que l’histoire se plie à son service et à ses caprices comme si le monde entier était son Deus Ex Machina. Et si on prend tout ça en considération, effectivement c’est compliqué d’obtenir une “bonne” histoire à partir de ça. En ayant ça en tête, plongeons nous dans le vif du sujet : Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss, oui on y arrive enfin. Je précise un petit détail d’emblée : je n’ai pas encore lu le deuxième tome La Peur du Sage donc je peux me gourer complètement. Si c’est le cas … bah c’est ballot.

Le Nom du Vent suit les aventures de Kvothe, un personnage légendaire qui se planque dans une bourgade oubliée des hommes et de Dieu, visiblement écrasé par le poids de ce qu’il s’est passé autrefois (assez peu d’informations sur le sujet sont données au lecteur) et bien content qu’on l’oublie. Jusqu’au moment où arrive Chroniqueur, oui c’est sa fonction et il tient à ce qu’on l’appelle comme ça, lequel pousse Kvothe à raconter son histoire. Les trois quarts du bouquin étant donc un flashback narré, le reste se passant dans le présent. Le livre commence avec l’enfance de Kvothe jusqu’à ses seize ans environ. On commence par le fait qu’il a grandi dans ce qui est l’équivalent de forains artistes dans un monde de fantasy, jusqu’à ses études dans une académie où on apprend autant la physique quantique (ou son équivalent) que la magie, en passant par la case mendiant. Et oui, techniquement, tout du long du livre, Kvothe est bourrin comme personnage. Que ce soit sur tout ce qui est théâtral où le fait qu’il est forain fantastique lui donne une énorme expertise (pour sa défense, in univers tous les forains fantastiques de sa tribu sont balaises à ça), puis arrive la magie où il est un petit prodige et j’en passe. Sur le papier, très franchement oui, ça sonne ultra Mary Sue et je comprends parfaitement pourquoi plus d’un a lancé le qualificatif. Mais comme souvent les choses ne sont pas aussi simplistes que oui/non/Sue/PasSue sinon je n’aurais absolument rien à écrire sur ce blog. Parce qu’en soit la puissance du personnage ne fait pas tout. Il suffit de voir à quelles épreuves il est confronté en contrepartie. Et c’est là que, pour moi, Le Nom Du Vent prend sa saveur. Parce que oui Kvothe est pété et pourtant il n’arrive qu’à bien peu de choses. Je m’explique : pendant tout le temps qu’il passe mendiant à Tarbean, au final aucun de ses talents de forain ne lui offre quoi que ce soit, il gèle dans une ruelle et finit par vivre dans le trou d’un toit, là où on s’imagine facilement au départ qu’il va utiliser son instrument pour se faire des sous et remonter la pente. Et c’est exactement pareil quand il est à l’Académie, tout prodige qu’il est, son intellect ne sert qu’à lui mettre les recteurs à dos, pareil pour les autres étudiants, son embrouille avec Ambrose vient de là au départ et son prototype, aussi brillant soit-il, est refusé parce qu’il ne réfléchit pas aux conséquences. Sans compter qu’aussi talentueux qu’il soit pour apprendre et mettre en pratique, l’argent lui manque en permanence pour payer ses semestres. Je ne préterai aucune intention à Patrick Rothfuss mais pour moi la chose est intentionnelle. De même pour la personnalité de Kvothe, il est fier, impulsif et intelligent, en temps normal c’est des traits qu’on retrouve assez facilement dans le genre Marysuvien, et en général l’histoire sert des petits plats en conséquences. Ici Kvothe meurt de faim parce qu’il refuse par orgueil des choses “indignes de lui”, se fracasse la moitié des os en pensant comprendre comme les choses marchent et saute d’un toit comme un idiot (“-Félicitations ! a-t-il dit en me regardant avec une sorte d’incrédulité mêlée d’admiration. C’est la chose la plus stupide que j’ai jamais vue.” page 390). Et sur le plan sentimental il est assez intéressant d’observer que sa romance avec Denna ne l’amène nulle part vu qu’il refuse d’exprimer ses sentiments pour elle, se condamnant à sans cesse la regarder de loin. Une approche de l’histoire d’amour que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs. De la même façon le personnage n’est pas impuni, plusieurs de ses amis lui font remarquer qu’il se comporte comme un con (Simon plusieurs fois, Elodin cité plus haut le traite de crétin, chacun de ses visites à Mola est l’occasion pour elle de lui rappeler qu’il fait n’importe quoi et j’en passe) et bien souvent l’histoire est loin de leur donner tort. Le “problème” étant que vu que c’est Kvothe le narrateur, forcément qu’il ne s’y attarde pas autant que sur ses propres exploits.

Un individu de gout a eu la bonne idée d'animer un passage du bouquin donc je vous en fait profiter. Brouillon sur la technique mais y'a une patte dans la direction du truc


Vous aurez compris en me lisant que, très franchement, non je ne classe pas Kvothe comme un personnage de Mary Sue. Parce que l’auteur a suffisamment bien pensé son histoire pour montrer qu’aussi puissant que soit un personnage il peut rester faillible, tant dans ses capacités personnelles que confronté au monde qui l’entoure et à ses règles. Utilisez d’ailleurs cette perspective pour juger d’une œuvre et ses personnages. C’est exactement comme pour Superman que les gens ont facilement tendance à traiter de perso chiant trop parfait et trop puissant. Effectivement c’est le cas quand il est mal écrit, mais si vous voulez un bon exemple, rematez le tout premier film de Richard Donner de 1978. Le temps a fait des ravages dessus et de base c’est pas franchement un grand film mais y’a une scène qui vous tirera forcément les larmes, c’est celle où Jonathan Kent meurt d’une crise cardiaque. Aussi puissant que soit Sup il ne peut rien y faire et se fait la réflexion que ses pouvoirs ne peuvent pas tout changer. Et à sa façon c’est le même principe avec Kvothe. Donc ne soyez pas prompt à juger le Sueisme d’un perso. Lisez pour juger ensuite. Lisez Patrick Rothfuss pour voir de quoi je parle et apprécier sa prose (et respectez sa barbe !). Lisez le pour qu’on en discute.

Lisez Bordel !

lundi 2 décembre 2019

Run for cover #2


Nouvel opus ! Le monde de la musique est bien trop grand pour tenir en un simple article vous vous en doutez bien. Et la reprise est une pratique bien trop courante pour qu’on n’y revienne pas une fois de plus. J’ai décidé cette fois-ci de partir dans les trucs plus “officiels” (j’ai été tenté de dire “moins amateur” mais c'eût été insultant dans l’insinuation que les gens qui font ça à côté sans label ou autre sont moins pros que d’autres. Ce qui est un raccourci assez foireux) pour cette sélection. Disons juste “des morceaux d’artistes repris par d’autres artistes” et pis voilà.

Venice May - Chop Suey

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de présenter le morceau original par System of A Down. Et si vous avez ce besoin vous savez désormais quoi chercher sur Youtube, soyez un tant soit peu débrouillard merde. Venice May par contre vous avez le droit de ne pas connaître. C’est un groupe franco-ukrainien qui a sorti son premier album fin 2018 (avec une très jolie pochette d’ailleurs) et que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Suis tombé sur eux complètement par hasard à cause … d’une pub. Faut savoir que je place les pubs internet au même niveau d’infamie que les cancers du côlon et les hernies discales, je vous laisse imaginer la pluie de jurons que bouffe mon téléphone portable quand l’application Youtube me les impose. Je voulais me passer du Perfect Circle (vous savez que j’aime ça) et bim pub qui démarre, je grommelle quelque chose sur la mère de sa puce informatique et … je ne coupe pas parce que je découvre les premières notes de leur morceau Hiding Place. Résultat je suis allé chercher plus loin et ce que j’ai trouvé m’a beaucoup plu. Et on en arrive enfin à Chop Suey ! Et que dire hormis que c’est trèèèès différent de l’original, et c’est ça qui est bon. A la fois par le chant féminin super doux, qui contraste avec les … accélérations (à défaut de meilleur terme) du père Serj, le combo synth/guitare avec un switch à la basse vers le milieu du morceau. Le tout a un côté cathédrale/rock progressif des 90’s qui me plait beaucoup. Et comme l’original faut sacrément tendre l’oreille pour capter la moitié des paroles. Hélas entre le temps où j'ai écris cet article et sa publication le morceau a disparu de Youtube pour une raison que j'ignore. Mais vu que j'ai pas envie de jeter ce que j'ai écris vous avez quand même droit à mon avis dessus.

A Perfect Circle - What’s Going On

eMOTIVE est un album un peu à part dans la discographie de A Perfect Circle. Il n’y a en effet que deux morceaux qui sont des compositions originales : Passive et Counting Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums (à vous souhaits), tout le reste ne sont que des reprises d’anciens morceaux. Dit comme ça, ça sent un peu l’étron, je sais. L’album de reprise c’est quand même une ficelle cheap pour ne pas se fouler beaucoup, même si c’est un cran au-dessus en terme d’effort que de juste sortir un best-of. Cela dit rien n’est ce qu’il parait et eMOTIVE est un très bon album. Oui, j’assume complètement ce que je dis. Le projet est né après la participation de Maynard Keenan au concert de Axis of Justice avec son groupe Tool, le tout dans un but de promotion de la conscience politique. Dans la tournée qui a suivi avec Perfect Circle est né le projet de l’album dans des discussions avec Billy Howerdel, l’autre tête pensante du groupe, Keenan voulant faire un album de reprise, Howerdel lui avait ses propres compositions qu’il souhaitait développer. Les deux sont parvenus à un accord en faisant coller les compositions de Howerdel avec les différents morceaux trouvés par Maynard. En résulte un album de reprise de morceaux de paix et d’amour, passés au filtre désillusionné et doux-amer. Le morceau le plus connu étant la reprise de Imagine de John Lennon, mais je la trouve un peu simple à mon goût. Là on remplace la soul chaude de Marvin Gaye, lequel passait un message de paix et d’amour à un truc bien plus ambiant qui évoque plus la lettre de suicide d’un mec qui n’a plus rien pour lui et qui chante ça alors qu’il se noie. Et c’est là tout le génie de cette album je trouve. Je vous ai déjà dit que j’aimais beaucoup ce groupe ?

Fields of the Nephilim - In The Year 2525

Si vous ne savez pas qui sont Zager & Evans … hé bien vous n’êtes pas seuls. J’avais absolument aucune idée de qui pouvaient être ces mecs avant de me pencher sur la question. Et pour cause c’est un cas typique de one hit wonder comme la musique en possède des quintaux. Leur tube en question étant In The Year 2525, sorti en 1969, un morceau rock folk absolument dans l’air du temps … et aux paroles ultra déprimantes si on essaye de les comprendre. On parle quand même du futur de l’humanité, chaque fois de plus en plus dystopique (à base de prise de contrôle des machines, de lobotomie des masses et autres trucs charmants, ces mecs ont dû avoir une sale redescente d’acide en écrivant ça) le tout sur un air joyeusement entrainement qui vous rentre dans la tête bien trop efficacement. J’ai découvert ce morceau grâce au film Gentlemen Broncos qui est un film … très étrange. Ma frangine l’a vu avec moi et partage d’ailleurs cet avis. Et puis complètement au pif j’ai découvert que Fields of The Nephilim avait repris la chose. On obtient donc un machin complètement différent, servi à la sauce goth rock complètement outrée qui fait la patte des Fields avec, j’avoue que j’aime moins, leurs rythmiques plus industriels (ça fait percus à la Rammstein presque) arrivés avec l’album Mourning Sun (qui fut le dernier du groupe d’ailleurs, j’imagine que j’ai pas été le seul déçu). Quoi qu’il en soit je trouve qu’on ressent bien l’angoisse de ce que pourrait être ce futur de cauchemar. Comme si Zager & Evans l’avaient prédis tel des hippies défoncés au LSD hurlant nus dans les rues de Washington, tandis que Carl McCoy raconte ça en tant que survivant du cataclysme ayant eu lieu et désabusé de l’humanité.

Labaich - Geburt einer Nation

Laibach est un groupe purement hilarant. Non sans déconner. Bon j'imagine que si vous avez regardé tout le clip avant vous êtes sans doute en train de vous dire un truc genre "Merde en fait Gerru c'est un gros nazi". Il n'en est rien je vous le promet. J'ai des origines ukrainiennes en plus donc ça ferait de moi un membre de la race inférieur selon le petit moustachu. Je vous jure que je suis gentil merde ! Il est vrai que l'imagerie est super évocatrice des chasseurs de moustiques du bras droit passionnés par l'optimisation des transports humains ferroviaires. Pareil pour le côté ultra martial et l'accent ultra prononcé qui ne dépareillerait pas dans une soirée à thème nostalgique en Bavière. Et vous savez quoi ? C'est fait exprès. Le truc de Laibach c'est d'y aller à fond dans le grotesque, et si vous avez l'impression que ce que vous avez écouté est un hymne nationaliste ... sachez que c'est une reprise de One Vision de Queen. Ça remet les choses en perspectives non ? A noter que vous seriez pas les premiers à avoir cru à un truc de facho, mon immense plaisir à une époque c'était de montrer le clip sans rien expliquer et de guetter les réactions des gens pour ensuite lâcher le truc. A noter cela dit que certains ont un peu trop bien gobé le truc ... parce qu'ils ont été invités en concert en Corée du Nord ! Je ne sais plus quel journaliste a déclaré que soit l'état major nord coréen s'était découvert un sens de l'humour ou qu'ils étaient aussi irrémédiablement cons qu'ils en avaient l'air. J'ignore quelle solution je préfère mais j'ai beaucoup ris. C'est cool Laibach. Et non je ne ferai pas de parallèle avec Rammstein, c'est systématique quand on parle d'eux et ça m'emmerde.

L'état des lieux

Je vais annoncer quelque chose de choquant : à la grande déception de beaucoup ... je ne suis pas mort. Trois ans que ce machin prend la pou...